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L'Abbaye de Beaugerais.

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Jeu 27 Mar - 05:38 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye de Beaugerais. Répondre en citant

Abbaye cistercienne de Beaugerais.
Loché-sur-Indrois.


L'ancienne abbaye de Beaugerais, fondée vers 1152 par quatre chevaliers partant en croisade. Cette abbaye a appartenu à l'ordre cistercien. Vendu comme bien national à la Révolution, il ne reste aujourd'hui que la nef du XIIe siècle de l'ancienne église. L’abbaye de Beaugerais (parfois orthographiée Baugerais) est une ancienne abbaye cistercienne, fondée au XIIe siècle par des cisterciens de l'abbaye de Louroux, et qui était située sur le territoire de l'actuelle commune de Loché-sur-Indrois, dans le département de l'Indre-et-Loire.

L'abbaye est fondée en 1152 ou 1153, sous la règle bénédictine. Sa fondation est en partie liée aux donations faites par quatre chevaliers locaux partant pour les Croisades (on est alors juste après la deuxième croisade et ils partent probablement pour assister militairement le Royaume de Jérusalem) : Renaud de Sennevières, Ulric de Châtillon, Archambaud d'Argy et Guillaume de Montrésor. Selon d'autres sources, cette première abbaye était une collégiale de chanoines réguliers dépendant de l'abbaye Sainte-Barbe-en-Auge.

   

En 1172, les cisterciens de Louroux sont priés de venir placer le monastère naissant sous la règle cistercienne. Une charte établit après coup leurs droits, rédigée solennellement par le roi, non de France, mais d'Angleterre, Henri II, qui règne alors sur la moitié Ouest de la France. Selon une tradition ancienne, l'abbaye aurait été le tombeau de Jean II Le Meingre, dit maréchal de Boucicaut ou de Boucicault. Selon la plupart des auteurs, il est en réalité enterré à la basilique Saint-Martin de Tours. L'abbaye était également réputée pour sa bibliothèque, acquise pour bonne partie en Normandie. Comme la quasi-totalité des abbayes européennes à la même époque, vers la fin du Moyen Âge, celle de Beaugerais passa sous le régime de la commende. L'abbaye de Beaugerais était proche de l'abbaye (bénédictine) Saint-Sauveur de Villeloin. Ces deux monastères eurent la particularité d'avoir au XVIIe siècle, quoique d'ordres religieux différents, le même abbé commendataire, Michel de Marolles. Vers cette époque, seuls six moines vivent à l'abbaye, nombre qui tombe à deux à la veille de la Révolution française.

  

À la Révolution, l'abbaye est fermée et les moines chassés ; les bâtiments sont vendus comme bien national et l'acheteur transforme l'abbaye en exploitation agricole. Certains éléments sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le 17 janvier 1938.
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Référence Mérimée : PA00097818
historique Seule église cistercienne subsistant en Touraine, consacrée en 1184 puis transformée en 1204 (nef). Le choeur rectangulaire du 16e siècle, ruiné, conserve des éléments de 1184. Les galeries du cloître remontent au 17e siècle. Protection MH 1938/01/17 : inscrit MH : Nef et ruines du choeur de l'église ; vestiges d'une galerie de cloître : inscription par arrêté du 17 janvier 1938

- Les vestiges cisterciens dans le diocèse de Tours, - Les abbayes de Bougerais et de Fontaines-les-Blanches par M. Franck TOURNADRE - SAT T.XLVI Page 229.

Abbaye-Notre-Dame-de-Baugerais. Cne de Loché-sur-Indrois. H[enricu], rex Anglie et dux Normannie et Aquitanie et comesAndegavie, archiepiscop Turonensi, et justiciariis, et omnibus ministris, et fidelibus suis Turonie et Normannnie, salutem. Sciatis me concesisse et presenti carta confirmasse fratribus de Baugezio locum de Baugezio, in quo habitant, et quicquid eis datum est vel dabitur rationabiliter. Preterea concedo quod predicti fratres suscipiant ordinem et imitationem de Ecclesia Sancte Barbare in NOrmandia, 1153 (Archives du Cogner, H, art0 38, n° 1) ; Fundationem Baugeseii confirmat Engelbaldus archiepiscopus, 1153 (Gallia Christiana, t. XIV, Instrumenta 66, col. 85) ; Locus Baugezeis, vers 1177 (Actes de Henri II Plantagenêt, t. 2, n° 343) ; Sigillum abbatis de Baugeseio, XIIIe s. (B.N.-Ms Latin n° 10044, recueil de chartes concernant l’abbaye de Beaugerais) ; Ecclesia Beatae Mariae de Bauzegeis ; Baugezium, ecclesia Baugesiaca, 1223 ; Abbatia de Beaugerois, Baugeroys, XIIIe, XIVe et XVe s. (Dom Housseau, Charte de l’abbaye de Baugerais) ; Abbas de Baugeseys, ordo cisterciensis, vers 1330 (Pouillé de Tours, p. 31) ; Abbati de Baugerais, fin XIVe s. (Pouillé de Tours, p. 41) ; Abbatis et conventus de Baugesays, XVe s. (Pouillé de Tours, p. 45) ; Foy et hommage rendu par Estienne Suzanne Nicollas de la Chasteigneraye, pour raison de l’abbaye de Baugerais et ses dépendances, rellevant du Roy à cause de son chasteau de Loches, 8 février 1702 (A.D. 37-C 603) ; Beaugerais, abbaye d’hommes, ordre de Cîteaux, XVIIIe s. (Carte de Cassini) ; Baugerais, 1831 (Cadastre) ; Baugerais, 1953 (Cadastre). Forêt de Baugerais. Commune d’Aubigny. Confirmation générale avec vidimus des donations, amortissements, privilège de garde royale, fondations diverses faites par Henri II, roi d’Angleterre, Dreux de Mello, 1203 et 1234, Philippe IV, 1304, Jehan, duc de Normandie, 1346, et Charles VII, 1438, à l’abbaye cistercienne de Beaugerais en Touraine, janvier 1487 (A.N.-JJ 218, n° 138, fol. 79). Forêt de Baugerais. Commune d’Aubigny. Collégiale de chanoines réguliers fondée en 1153, par Henri II, roi d’Angleterre, sous lad dépendance de l’abbaye Sainte-Barbe-en-Auge, commune de Mézidon, Calvasos, Ordre de Saint-Augustin, puis abbaye de l’ordre de Cîteaux en 1172, colonisée par celle du Louroux, commune de Vernantes, Maine-et-Loire, filiale de Cîteaux. Cartulaire : B.N.-Ms lat. 10044 ; B.M. de Tours-Ms 1324. A.D. 36-H 979. A.D. 37-H 2-7.

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Dernière édition par Mikerynos le Jeu 27 Mar - 05:54 (2014); édité 2 fois
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MessagePosté le: Jeu 27 Mar - 05:38 (2014)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 27 Mar - 05:40 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye de Beaugerais. Répondre en citant

L'Abbaye de Baugerais
Par R. Ranjard.


L'église abbatiale de Beaugerais conserve, malgré sa déchéance, un intérêt indéniable, encore accru par sa rareté en Touraine. Elle est en effet la seule église cistercienne qui ait subsisté en cette province. Les disciples de saint Bernard fondèrent dans la région tourangelle trois monastères : la Clarté-Dieu, Fontaine-les-Blanches et Beaugerais. Il ne reste que les substructions de l'église de la Clarté-Dieu. A Fontaine-les-Blanches, toute trace de l'abbatiale a disparu. Seule, celle de Beaugerais est, au moins en grande partie, parvenue jusqu'à nous. L'abbaye de Beaugerais fut fondée au commencement du XIIe siècle grâce à la libéralité d'un prêtre nommé Barthélémy et de quatre chevaliers de Touraine, Renaud de Sennevières, Ulric de Châtillon, Archambaud d'Argy et Guillaume de Montrésor. Avant de partir pour la croisade, ces pieux personnages donnèrent le lieu de Beaugerais et d'autres terres voisines à Serlon, abbé de Sainte-Barbe, en Normandie, pour y construire un monastère. Henri II d'Angleterre et Engebaud, archevêque de Tours, approuvèrent cette donation. Mais Serlon n'ayant pas rempli les conditions des donateurs, Henri II lui retira le domaine et l'offrit à l'abbaye du Louroux en Anjou, pour y établir un couvent de l'Ordre de Citeaux. Cette seconde donation fut confirmée par Barthélémy, archevêque de Tours. L'église, dédiée à la Sainte Vierge, fut commencée aussitôt et consacrée en 1184. Mais, pour une cause demeurée inconnue, elle dut être rapidement reconstruite, et la dédicace du nouvel édifice eut lieu en 1204. En partie ruinée pendant la guerre de Cent ans, et pillée plusieurs fois alors par les Anglais, l'église, comme les bâtiments conventuels, fut réparée au début du XVIe siècle par l'abbé Guillaume Sauvage. En 1627, elle fut de nouveau restaurée par l'abbé de Marolles, et en 1677. par l'abbé Brunet. Vendue à la Révolution, cette abbaye fut presque entièrement détruite. Les bâtiments conventuels, les fortifications construites par autorisation de Charles VII, une petite chapelle placée sous le vocable de Saint-Jean, ont entièrement disparu. Seule subsiste la nef et quelques vestiges du choeur de l'église abbatiale. Cette nef, construite en moyen appareil, régulièrement orientée, est maintenant convertie en maison d'habitation et est partagée dans sa hauteur en trois étages par des planchers. Epaulée par des contreforts de saillie modérée amortis par un talus, elle est divisée en trois travées dont chacune était éclairée au nord et au midi par une fenêtre en plein cintre peu ébrasée. Deux de ces fenêtres ont été divisées dans leur hauteur par une traverse correspondant à un plancher, deux autres ont été à moitié condamnées, deux le furent complètement.


Chaque travée est couverte d'une voûte très bombée portée par une croisée d'ogives de section carrée, en arc brisé et à clef cruciforme. Les doubleaux sont également en tiers-point et sans moulure. Seule la troisième travée comprend des formerets. La retombée des nervures a lieu sur des consbles saillant sur des dosserets et très sobrement moulurées. On reconnaît là la stricte observation des règles architecturales cisterciennes où était interdite rigoureusement toute décoration, considérée comme contraire à l'austérité monacale.

Le reste de l'église a été presque complètement détruit. La nef aboutissait à un chœur rectangulaire élevé au début du XVIe siècle, plus large qu'elle et saillant sur le flanc Nord de l'édifice. La base des murs latéraux de ce chœur, arasés obliquement, existe encore, ainsi que le mur, ajouré d'une fenêtre en tiers-point à amortissement tréflé, reliant le mur nord du chœur au goutterot correspondant de la nef. La persistance d'un formeret, sur le pignon oriental de cette nef (formeret en arc brisé et dont la clef indique l'axe du choeur) et un départ d'ogive prouvent que ce choeur était voûté. Deux arcades latérales en tiers-point maintenant condamnées, accostées de départs de nervures et de colonnettes engagées, sont les vestiges de chapelles voûtées qui accompagnaient le choeur l'une au nord, l'autre au midi. La destruction de la chapelle méridionale dut avoir lieu avant la construction de la galerie de cloître en appentis montée au XVIIIe siècle et dont il reste quatre travées, car la maçonnerie, condamnant de ce côté l'arcade, présente des corbeaux d'appui pour la charpente de cette galerie.

Rien ne permet plus de reconnaître le chevet de l'église. Il est à présumer que selon le type cistercien le plus habituel, ce chevet était plat. Seule, une arcade en plein cintre, de caractère nettement roman, maintenant condamnée, accostée d'un fût cylindrique de colonne engagée, et suivant, dans le même plan longitudinal, l'arcade reliant le chœur à la chapelle méridionale, prouve que dans cette partie de l'église, des vestiges de l'édifice consacré en 1184 avaient été conservés. En cet arc roman, tout à fait inattendu dans l'ensemble de la ruine gothique, nous avons la preuve de l'exactitude des textes, affirmant la construction successive, à vingt ans d'intervalle, de deux églises à la même place à l'abbaye de Beaugerais.
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MessagePosté le: Jeu 27 Mar - 05:42 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye de Beaugerais. Répondre en citant

L'Abbaye de Baugerais
Par M. l'Abbé Michel BOURDERIOUX.


Le vénérable établissement religieux qu'était l'abbaye de Baugerais mérite une étude à part. Il n'entre pas toutefois dans le cadre de ce petit travail de lui donner place ici. Il n'est pas non plus possible sous silence. Ce qui en sera dit ne sera donc qu'un simple et rapide aperçu. Baugerais n'est plus que ruine aujourd'hui. La Révolution, qui a passé là comme partout en France, ne nous en a laissé que peu de chose et si nous voulons nous faire une idée de ce que fut cette maison autrefois, il faut recourir à l'abbé de Marolles qui en a parlé savamment et avec émotion. « L'abbaye de Baugerais, écrit-il, est située à l'orient d'un grand bois dont elle est fort peu distante. Un estang la presse du costé du nord où se perdent trois petites fontaines qui sont à sa pointe dans un vallon assez plaisant et assez frais en été à cause des grands bois qui les cousvrent et empeschent que le soleil y entre. Un autre vallon où les terres ne sont pas moins incultes que la nature semble s'estre plue de la rendre sauvage, l'enferment avec quelques jardinages du costé du midy. Et rien n'en borne la vue du costé du levant sinon quelques plaines peu fertiles, une file d'arbres qui semble de loin assez bien disposez pour y tracer dessous une allée, le grand chemin, un espace fort propre pour contenir un parterre devant les fesnestres du principal logis qui est celui de l'Abbé et le ruisseau qui sort de l'estang cy-dessus dont on pourroit faire un très beau canal. Toute la maison peut avoir de circuit environ quatre cents pas. L'église qui est bastie en croix suivant la forme de plusieurs de l'ordre de Cisteaux, a quatorze toises de long et quatre de large au dedans sur sept de haut et est assez bien percée, ayant au reste deux grandes chapelles à ses costez de quatre toises et demie chacune en quarré et voûtées par pareille hauteur que le choeur et la nef de l'église. Le dortoir des frères qui est contigu à l'église contient dix cellules avec le chauffoir. Le Cloistre autrefois plus grand qu'ils n'est a présent a esté restreint à dix toises en quarré. Et affin de rendre les lieux réguliers moins fréquentéz qu'ils n'ont esté par le passé je les ay refaits comme tout à nouveau et les ay séparez de mon logis et de celuy du prieur et de l'infirmerie. La basse-cour qui n'est pas fort spacieuse ne laisse pas néant-moins d'avoir toutes les commoditez nécessaires pour une petite maison. Et quant au logis abbatial, son aspect qui regarde l'Orient le rend assez sain et plaisant et consiste en deux chambres hautes et deux chambres basses, avecques leurs cabinets, et a une petite cour de 13 toises de long et 8 de large du costé de nort, laquelle j'ay fait renfermer avec des murailles à créneaux et l'ay disposée de la sorte aiant ruiné quelques vieux logis inutiles qui occupoient une partie du jardin et l'espace où j'ay fait bastir deux escaliers pour monter aux chambres hautes».

Telle était l'abbaye vers l'année 1630. Aujourd'hui de toute blanche au fond d'une vallée se détachant sur un horizon de frondaisons. Des bâtiments décrits par Marolles, seule la nef de l'église reste et se dresse au milieu des aisances d’une ferme. Son pignon s’y détache, chargé du formeret en tiers point de l’ancienne voûte du choeur. Le passant qui l’apercoit de la grande route devine bien là un bâtiment singulier. Il n'y manque qu'un clocher pour découvrir que ce sont là les restes d'un ancien monastère.

L’Église et le Monastère.
Cette église était si humble si nous nous en rapportons à ce qu’en virent les deux Bénédictins Dom Martène et Dom Durand qui la visitèrent en 1708. Voici ce qu'en dit l'un des voyageurs. « Je partis de grand matin pour aller à l'abbaye de Baugerais de l'ordre de Cîteaux. J'y arrivai vers les sept heures mais l'embarras d'une foire et d'une procession ne permit point au prieur de me donner entrée dans son chartrier. Il me communiqua seulement quelques mémoires de Monsieur Maroles qui avait été autrefois abbé de ce monastère et qui en avait tiré la suite des abbez sur les titres originaux. Comme c'était l'octave du Saint-Sacrement dont on a fait la fête jusqu'à midi dans ce diocèse de Tours, j'y entendis la grand'messe. L'église est petite et n'a rien de remarquable que le tombeau du maréchal de Boucicault qui est du côté de l'évangile, mais caché par une boiserie.» (Voyage Littéraire de Deux Religieux Bénédictins, MVII XVII).

Cette description est bien courte et nous l'aurions aimée plus détaillée. Sans doute nos religieux furent-il vexés de l'accueil peu empressé du Prieur, et s'en vengèrent-ils par une note succincte sur ce monastère qui n'avait pas le temps de recevoir ses visiteurs. En fin de compte c'est nous qui sommes privés. A vrai dire nous pouvons cependant nous faire une idée plus précise de ce qu'était l'édifice puisqu'il n'a pas entièrement disparu. Il en reste les murs de la nef et les voûtes qui la recouvrent. Cette nef que l'on appelle dans les actes du XVIIIe siècle «l'église ancienne» mesurait quinze toises de long y compris le chœur et la sacristie située dans son prolongement, soit une trentaine de mètres. La nef qui subsiste, sauf une travée, en avait quatre de large (huit mètres environ). Quant à la façade il n'en demeure pas trace. Elle était précédée par des «aîtres» - nous dirions un porche supportés par quatre poteaux de bois, de construction récente en 1774. Il était large de cinq toises et long de deux (soit dix mètres sur quatre environ). Chaque travée de la nef est butée de légers contreforts et éclairée de deux fenêtres en plein cintre, légèrement évasées vers l'intérieur et se faisant vis-à-vis. Toutes ne sont pas au même niveau; celle de la troisième travée septentrionale et celle de la deuxième méridionale ont leur cintre plus bas que les autres.

Les voûtes en pierre, à l'appareil jadis souligné à l'ocre rouge, sont supportées par de fortes ogives à section rectangulaire. Au XIIe siècle les ogives à section rectangulaire sont fréquentes dans les voûtes élevées par les Cisterciens, mais en général ces voûtes sont moins bombées, c’est le cas de Colombé-le-Sec dans l'Aube et des celliers du Petit-Clairvaux à Dijon. Pour Baugerais, les ogives retombent sur des colonnes auxquelles elles ne s’adaptent que fort maladroitement. C'est la preuve qu'elles sont postérieures à leurs supports. Ceux-ci sont formés de colonnes engagées qui descendent jusqu'à un bandeau, courant à environ deux mètres du sol. Ce bandeau souligné d'un boudin est orné de dents de scie. Dans la première travée les colonnes engagées sont remplaçées par des pilastres carrés qui eux semblent contemporains de la voûte postérieure aux colonnes. Quant aux chapiteaux qui les terminent, ce ne sont que des cubes évidés pas plus caractéristiques d'une époque que la voûte. On remarquera que le croisement des deux ogives ne se fait pas en ligne droite, mais par une maladresse inexplicable, avec un désaxement. C'est le fait des deux premières voûtes seulement. De même le premier doubleau de la première travée repose au Nord sur un chapiteau plus élevé que celui qui lui fait face. Le chœur, comme nous l'apprend l'abbé de Marolles et suivant la coutume des Cisterciens, était de plan carré. Plus large que la nef, qu'il débordait de 3 mètres sur le côté Nord. Une voûte sexte-partite le recouvrait dont on voit encore à l'Ouest deux des colonnes angulaires et au midi la base d'un des piliers médians qui la supportait. La section de ce pilier dénote les XIVe et XVe siècles, ainsi que le remplage d'une ouverture située dans le mur sud de la partie débordante du chœur.

Deux croisillons ou «collatéraux» suivant la désignation qui leur est donnée, flanquaient ce chœur de part et d'autre et donnaient à l'église sa forme de croix dont parle Marolles. Ils étaient recouverts chacun de deux petites voûtes carrées, dit un procès-verbal du XVIIIe siècle. L'un mesurait quatre toises, quatre pieds de long et quatre de large: c'était celui du Nord. L'autre, celui du midi, comportait une chapelle dédiée à Tous les Saints, de quatre toises de large et de deux et demis de long. Quelques-uns uns des fûts de colonne, qui soutenaient des voûtes aussi hautes que celles du chœur sont encore en partie visibles. Ces voûtes du chœur et du croisillon se sont écroulées à l'époque révolutionnaire. La sacristie était derrière le chevet plat du chœur, au levant du monument. On y accédait par deux portes situées de part et d'autre du maître autel.

Le mobilier de cette église semble avoir été médiocre. Le grand autel datait du milieu du XVIIe siècle. Il était, paraît-il, fort propre et surmonté d'une niche où se voyait la Sainte Vierge tenant « un petit Jésus »; et sur les côtés se dressaient « deux obélixes et deux lambris fort proprement peintz». Deux autres « obélixes » se trouvaient également auprès de cet autel. Une tête d'ange sculptée de cette époque et scellée dans un mur se voit au domaine du Grand-Village. Elle semble provenir du même autel. Un autre autel nommé autel de la Croix et qu'ornait un tableau nouvellement peint en 1678, avait sa place dans l'une des deux chapelles des croisillons, sans doute celui du Nord.

Un petit autel se dressait près de l'entrée, fait vers 1676 ou 1677, en bois; il comportait «un parement de painture», et de plus un grand tableau « bien fait» représentant la fête de Tous les Saints. De nombreux tableaux existaient encore en l'église. L'inventaire de l'époque révolutionnaire en dénombre jusqu'à douze, sans hélas nous les décrire. Les stalles du chœur sont dites « fort propres et peintes depuis peu» en 1678. Un certain nombre de personnages marquants paraissent avoir été inhumés dans cette église. Geoffroy de Brenne au XIIIe siècle y demande sépulture s'il meurt au pays et y fonde une vicairie (1246). Alexandre qui n'est que le pauvre serviteur du curé de Saint-Jean-sur-Indre veut y être enterré. Agathe, femme d'Étienne Voyer, sgr. de Paulmy (1245) et Foulques Gratin - ou de Gratin- (1248) prétendent au même honneur. Nous avons vu que les deux visiteurs de 1708 signalent le tombeau du sire de Boucicault dans la nef derrière des boiseries, et le donnent comme la seule chose remarquable de l'édifice. On peut se demander si c'est bien le tombeau du maréchal -par ailleurs bienfaiteur de l'abbaye- qu'ils ont vu. Duquel d'abord s'agit-il ? Du père ou du fils ? Nous savons que tous les deux étaient inhumés à Tours en l'église Saint-Martin. Rien n'empêche cependant que le cœur de l'un ou de l'autre ait pu être séparé du corps comme cela se faisait parfois, et rapporté à Baugerais. Un de leurs voisins, le seigneur d'Orfons Godefroy Guerrier, demanda en 1293 aux religieux à être enterré devant l'autel de la Vierge.

Cette église était couronnée d'un modeste clocher de charpente et d'ardoise, qui avait place vers le milieu de la toiture de l'édifice. On accédait aux voûtes par un escalier de 40 marches situé « à l'angle de mur de face du carré du midi » c'est-à-dire du transept sud. Le clocher abritait à la Révolution deux cloches pesant 563 livres. Dans la partie la plus ancienne de l'église, la nef, on remarque avant tous deux choses: un appareil de parement moyen et irrégulier dans les murs de la 3e et de la 2e travée sauf dans la moitié occidentale de cette dernière; ensuite un appareil plus grand et plus régulier dans tout le reste et dans le haut des murs des trois travées. La même disposition se retrouve à peu près dans le mur méridional. Le mur septentrional de la 1ere travée déborde d'environ 40 centimètres l'alignement général de la nef. Il semble que la portion de murs en moyen appareil soit la plus ancienne car elle est englobée dans la partie en grand appareil. On soupçonne un écroulement partiel de l'édifice, probablement des voûtes, soit du fait des guerres, soit du fait d'un vice de construction, et une reconstruction partielle suivant de peu cette catastrophe. Cette reprise expliquerait en outre le manque de réajustement dans des fenêtres. La première construction pourrait remonter dans son style frustre, et même pourrait-on dire barbare, à la première fondation vers 1150-53, puisqu'il est patent que dès cette époque il y avait des moines à Baugerais et que l’on ne conçoit pas un monastère et des moines sans église. La réfection, qui pour l’extérieur au moins, est dans le même style, pourrait être contemporaine de la reprise du monastère Cistercien, vers 1168-73.

La rudesse du style des voûtes, le dénuement des supports pilastres et chapiteaux correspondant d'ailleurs à la partie en grand appareil, le mauvais raccordement des voûtes aux piliers anciens, semblent indiquer une remise en état rapide et à l'économie de ces dernières parties par les Cisterciens en même temps que le manque de décoration de celles ci est bien en harmonie avec la façon de procéder de ces moines, différente de celle des ermites de Saint Augustin auxquels appartenaient les premiers moines. La bénédiction d’un autel en 1184 semble marquer la fin de l’organisation de l’église. La bénédiction d’autre autel en 1209 ne parait s’appliquer qu'à un autel nouveau et non à tout l'édifice. Rien ne contredit cependant dans le mode de voûtement que celui-ci n'ait été terminé qu'à cette époque. Bien mieux, on pourrait admettre que ce voûtement ait tardé jusqu'en 1221 où une charte note la permission qu'on eut de dresser un autel dans « l’église nouvelle ». Mais cette église nouvelle ne serait-elle pas le chœur ?


Le cloître avait place au « côté de l'ancienne église » c'est-à-dire de la nef dont nous venons de parler. Le mur méridional de celle-ci supporte encore une portion de ce cloître fort simple et qui de nos jours menace ruine. Il est large de 2,45 m et haut de 2,62 m. Il est soutenu par des piliers carrés en Pierre, ornés en haut et en bas de modestes moulures et montés sur une murette. On compte encore quatre de ces piliers. Il en existe quelques autres noyés dans un mur. Plus grand à l'origine, ce cloître fut réduit à 10 toises de côté (près de 20 mètres) au temps de l'abbé de Marolles. En tous les cas il ne se prolongeait pas comme on l'a écrit sur l'emplacement détruit du transept car celui-ci a subsisté jusqu'à la Révolution. Les corbeaux qui apparaissent maintenant sont du XIXe siècle. Sur les trois autres faces aujourd'hui détruites de ce cloître se voyaient les bâtiments conventuels dont le principal se situait dans le prolongement du transept sud. Là se trouvaient contigus à l'église le chauffoir et le dortoir des religieux comportant 10 cellules. Nous ne savons pas exactement ce que contenaient les deux autres bâtiments situés respectivement au midi et à l'Ouest du cloître. Il ne reste quelques pans de murs du XVIIe incorporés dans un pavillon de garde.


Le logis abbatial devait se trouver au levant du bâtiment conventuel méridional avec un léger décalement vers le midi. Il avait été reconstruit au XVIIe par l'abbé de Marolles qui nous en a donné une description assez précise, et qui a été présentée en tête de cette étude. Le logis principal en était à l'étage, un escalier extérieur surmontant un ballet en permettait l'accès. Il comportait une grande chambre ayant au milieu une cheminée qu'ornait un écu aux armes royales, dont le couronnement était supporté par deux chérubins. De tout ceci, rien ne reste. Son éclairage était au midi du côté du jardin, grâce à une croisée et à une demi-croisée. Des carreaux rouges en formaient le carrelage. A la suite, une autre chambre surmontait la cuisine et s'ouvrait également au midi. A l'angle de cette dernière un cabinet saillant hors du bâtiment et toujours avec une orientation semblable, servait de chartrier. Au rez-de-chaussée se voyait une cuisine, une boulangerie et la salle de réception de l'abbé. La cour du logis abbatial donnait du côté du Nord; Elle avait 13 toises sur 8 et se trouvait renfermée de murs crénelés. A l'opposé, les jardins couraient jusqu'à la rivière canalisée qu'enjambait un pont de bois.


Toute la portion orientale du monastère était réservée aux dépendances. Il y avait là, le logis pour les hôtes qui fut détruit par un incendie en 1693. Les religieux passèrent en janvier 1704 un contrat pour sa reconstruction avec Denis Lardeau, maçon à Loches. Il fut convenu que le bâtiment aurait treize toises de long. Le rez-de-chaussée serait occupé au milieu par un vestibule, avec à gauche boulangerie, pressoir et escalier pour l'étage, à droite petite chambre et écurie. A l'étage se verraient au-dessus de la boulangerie et du pressoir deux chambres dont l'une à cheminée avec deux cabinets, sur l'écurie et dépendances une chambre accompagnée de deux cabinets. Le tout pour 5.800 livres (Berthon, notaire à Loché). Il ne semble pas que la bâtisse ait avancé très vite.
Toujours est-il qu'en 1720 ce contrat de construction donnait lieu à un procès en cour de Loches. La métairie de la Cour devait se trouver dans cette portion orientale du monastère.

Rien ne subsiste de l'ancien moulin et de la petite chapelle voûtée dédiée à Saint-Jean qui l'avoisinait; peut-être étaient-ils près de la chaussée de l étang aujourd'hui en herbe, qui se voit encore très bien du côté du levant de la maison.,Par contre nous savons avec certitude qu'une petite chapelle dédiée à Saint-Paul existait à un quart de lieue de là vers le couchant, et outre les bois de l'abbaye. Il s'y tenait chaque année à la fin du XVIIe siècle une assemblée; celle-ci devait être plus fréquentée que la chapelle qui alors « était toute rompue, sans ornements, décarelée et sans marchepieds d'autel ». Cette chapelle voisinait le village du Bas-Saint-Paul à qui elle dut donner son nom tout auprès de l'actuelle métairie de Lauzanne.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:45 (2017)    Sujet du message: L'Abbaye de Beaugerais.

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