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L'Abbaye Saint Pierre de Seuilly.

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 05:52 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye Saint Pierre de Seuilly. Répondre en citant

L'Abbaye Saint Pierre de Seuilly.
Ou Abbaye royale de Notre Dame de Seuilly
Seuilly.


François Rabelais, né entre 1483 et 1494, fait ses premières études avec les moines de l’abbaye de Seuilly avant d’être à partir de 1510 novice au couvent des Baumettes près d’Angers. L’abbaye se trouve à quelques centaines de mètres de la Devinière, lieu de naissance de Rabelais. Elle est tout d’abord un prieuré, fondé en 1095 par Guillaume de Montsoreau. Elle est pillé à la fin du XVIe siècle par les Huguenots. L’église abbatiale est détruite à la fin du XVIIIe siècle. Même si de nombreux bâtiments de l’abbaye ont disparu, celle-ci possède de beaux restes, restaurés depuis 1980 et qui s’offrent à nos yeux aujourd’hui.

Seuilly s'est dit également Seuillé (Sulliacum , ou B.Maria de Sulleyo). C'était une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît, congrégation de Saint-Maur, située à un lieu de l’île Bouchard, au Nord-Ouest de la Vienne, elle avait commencé par n'être qu'un simple prieuré, dont jouissaient autrefois les seigneurs de Monsoreau, suivant les usages des XIe et XIIe siècles.
Guillaume II, chevalier, seigneur de Monsoreau, fit don du prieuré de Seuilly à l’abbé de Saint-Etienne de Vaux, en Limousin, du consentement de Mabille sa mère, qui joignit à cette dotation la moitié du Moulin de Virelay. Raoul 1er, archevêque de Tours, s’opposa d’abord à cette institution, mais il finit par y donner son consentement. Gautier, ayant succédé à Guillaume son père, obtint de l’abbé de Saint-Etienne de Vaux l’agrément d’ériger Seuilly en Abbaye en 1100, sous le titre du Saint-Sépulcre à la condition d’une redevance annuelle de 20 sous.

En considération de l'érection, Gautier donna à la nouvelle Abbaye plusieurs domaines, entres autres, le bois de Bort, nommé depuis le Bois de Fontevrauld, à la condition de l’essarter et de le mettre en culture. Ce bois fut, entre l’abbé et Robert d’Arbristel, le sujet d’un procès qui fut terminé par le partage de l’objet litigieux entre les deux parties. Accord qui sanctionna Giraud, légat du Saint-Siège, et auquel souscrivit Raoul 1er, archevêque de Tours et Pierre évêque de Poitiers.

Les religieux de Seuilly voulant se soustraire à la juridiction de l’abbé de Saint-Etienne de Vaux, élurent eux-mêmes leur abbé, et refusèrent de payer les 20 sous de la rente. Godin, abbé de Saint-Maixent, à qui celui de Vaux en avait référé, offrit à celui-ci de se charger de la rente, s’il voulait lui céder ses droits. La proposition ayant été accepté, l’Abbaye de Seuilly depuis ce moment releva de celle de Saint-Maixent. Ce changement ayant été approuvé par Engebaud, archevêque de Tours, qui l’en mis en possession en 1150. ce fut dans l’Abbaye de Seuilly dont était voisine, la maison de la Devinière, que Rabelais commença ses premières études. La princesse Jeanne, fille bâtarde de Louis XI, en fit reconstruire les principaux bâtiments. La chapelle fut érigée au XVIIe siècle. Puis, l’abbaye commence à décliner (diminution du nombre de fidèles, moines habitant hors de l’Abbaye…). Le 14 mars 1751, un ouragan emporta la charpente de l’abbatiale, jamais reconstruite et une partie de la grange dîmière, reconstruite en partie à la fin du XXe siècle. Tombée en décadence, l'abbaye fut juridiquement abandonnée en 1736, date à laquelle, elle n'abritait plus que quatre moines. De l'abbaye ne subsiste qu'un bâtiment du XVe siècle, dit « Maison de l'aumônerie » ou « de l'Économe ». Le bâtiment de plan quadrangulaire est limité par deux pignons à rondelis.

Aujourd'hui l'abbaye comprend un ensemble de 5 bâtiments:
- La maison de l'Aumônier, appartenant à un propriétaire privé : La façade ouest, sur la rue, montre encore, dans une arcature où se trouve l'une des fe-nêtres, les traces d'un porche permettant l'accès à la cour. La façade Est est flanquée d'une tour polygonale coiffée d'une pyramide d'ardoises et à la base de laquelle se trouve une porte à linteau cintré.
Sur le pignon sud, dont le coin ouest est épaulé par un contrefort, a été encastrée une pierre portant gravée en son centre une crosse d'abbé sur un W séparant en deux groupes les chiffres de la date 1718; le W rappelant l'abbé commandataire Leclerc du Wallon.


Acquise le 29 septembre 1921 par Monsieur et Madame Jules Revol, elle passa par do-nation à leur fils et c'est la veuve de ce dernier qui vendit l'immeuble le 17 avril 1981 à M. Dedieu. La maison fut ensuite de nouveau revendue à M.Reneuve; en 2001, elle est de nouveau à vendre chez un notaire de Chinon pour la somme de 2.810.000 Fr (FNI); mais elle sera finalement vendue aux enchères sur saisie immobilière au palais de justice de Tours, le mardi 4 décembre 2001, pour la somme de 710.000 Fr Un surenchérisseur s'étant manifesté une seconde vente a lieu, à la quelle participe la Communauté de communes. La maison est adjugée pour 1.500.000 F. Elle est de nouveau revendue quelques mois plus tard, dans le courant de l'année 2003, pour 2.200.000 Fr.

- La chapelle : Elevée au XVIIème siècle, elle est composée d'une nef et d'une abside semi-circulaire située à l'est; elle n'était plus éclairée que par les trois baies ouvrant au sud avant que la baie ouest ait été récemment rouverte.

- La grange aux Dimes : Dix contreforts épaulent le mur ouest. Entre le neuvième et le dixième est ménagé un passage transversal est-ouest qui donne accès au Nord à une ga-lerie orientée est-ouest; une seconde galerie parallèle à la première et bordant le pignon nord est accessible par une porte ouverte sur le côté ouest. L'une et l'autre sont voûtées en berceau brisé. Sur un second passage transversal, intégré maintenant partiellement au fond de la mai-son de pays, débouchent au nord trois caveaux parallèles en voûte appareillée, les deux de l'est communiquant entre eux. Un escalier extérieur, situé à l'est, donne accès à l'étage. La charpente en chêne de la première salle de l'étage est d'origine (XVème).
Le pignon nord est percé de quatre ouvertures, dont deux très étroites, à l'allure de meurtrières; il est épaulé par trois contreforts, le contrefort central, plus bas, finissant sous une petite fenêtre ogivale.

- Un ensemble de constructions imbriquées les unes dans les autres s'échelonnant du XIIème au XIXème. Un corps de logis en équerre avec un avant corps à fronton triangu-laire se raccorde au mur, soutenu par trois contreforts, de ce qui devait être la salle capi-tulaire. Des bâtiments claustraux reste aussi la salle du pressoir.

- A l’Est, dans le clos de l'abbaye, où Rabelais a placé la pittoresque sortie de frère Jean des Entommeures, une fuye cylindrique, aux murs de plus de un mètre d'épaisseur, dont la couverture a été détruite par un incendie dans les années 1960. Elle comporte quatre travées horizontales, séparées par trois cordons, de chacune six rangées de boulins sauf la première qui en a huit.

A tout ceci il faut ajouter une extension récente comprenant 8 chambres dont la façade nord est malheureusement d'une très grande pauvreté architecturale. Le clos (noté enclos dans le plan visuel de la mouvance de Suilly) de l'Abbaye.

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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 05:52 (2014)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 05:59 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye Saint Pierre de Seuilly. Répondre en citant

L’ancienne abbaye de Seuilly par André Montoux.

Il en subsiste essentiellement quatre groupes d'édifices anciens mais d'époque et de destination différente. Le premier ouvrant directement sur le chemin à gauche de l'entrée était jadis une chapelle, élevée au XVIIe siècle. C'est un petit bâtiment, composé d'une nef et d'une abside semi-circulaire, qui n'est plus éclairé aujourd'hui qu'au midi par trois baies en plein cintre. Il doit abriter maintenant un atelier de tissage.
- Le second au Nord de celui-ci et qui est aujourd'hui une propriété distincte, est appelé parfois « Maison de l'Econome ». Ce nom n'apparaissant dans aucun acte nous lui préférerons celui de « Maison de l'Aumônier » qui lui est donné dans plusieurs titres du monastère. Elle borde également la route dans toute sa longueur, mais ses percements remaniés n'y offrent aucun intérêt. Toutefois on remarque que l'une des baies est aménagée dans une arcature brisée dont la trace se retrouve à l'intérieur du logis sur la cour. Il s'agissait d'un porche qui est encore mentionné dans l'acte de partage du 1er messidor an III (19 juillet 1795) : « Une grande ouverture au milieu pour entrer et sortir les charrettes ». L'édifice servait alors de « salpêtrerie » Ce bâtiment de plan quadrangulaire et datant du XVe siècle est limité par deux pignons à rondelis. Celui du midi apparaît particulièrement élancé par suite de la déclivité du terrain. Son angle sud-ouest épaulé par un massif contrefort jusqu'au niveau de l'étage. Sous les deux fenêtres superposées à jambages chanfreinés, a été encastrée dans la muraille une pierre rectangulaire portant gravée en son centre une crosse d'abbé sur un W, séparant en deux groupes les chiffres du millésime 1718. Ranjard voulait y voir une allusion à René du Vau, abbé commendataire à partir de 1711. Mais en 1718 il était remplacé par Jean-Baptiste Leclerc du Wallon qui signe une transaction avec son fermier dès 1714 et était encore en fonction en 1736. Son nom est écrit avec un W dans plusieurs titres. En 1899 la pierre portant cette inscription était encore insérée dans le mur d'une servitude qui fut sans doute démolie. Elle fut alors placée dans le pignon où nous la voyons aujourd'hui. La façade orientale est flanquée d'une tour polygonale dont l'enduit ne laisse apparaître que les chaînages d'angle en pierres de taille et qui est coiffée d'une pyramide d'ardoise.


A la base du pan méridional s'ouvre une porte à linteau cintré, surmonté d'une belle accolade à crochets de feuillage et fleuron, placée légèrement en retrait par rapport au nu du mur. Cette tour abrite dans une cage octogonale un large escalier à vis de pierre aux marches assez usées jusqu'au premier étage. Le 26 août 1747, un entrepreneur, Urbain Girard, fut chargé d'établir le devis des réparations à faire aux « maisons des officiers claustraux » devenues la propriété du Collège de Chinon. Il commença son travail dès l'entrée par « la Maison de l'Aumônerie ». Il constata que « la masse du degré de pierre montant à la chambre haute menaçait ruine avec sa charpente ». Il lui apparut nécessaire de la démolir en entier et de la rebâtir sur des fondations plus solides. Toutes les marches seront retaillées et il en sera fourni deux neuves. On doit en conclure que la tour de l'escalier de la maison de l'Aumônier a été rebâtie à cette époque ainsi que le pignon y attenant « et allant jusqu'au chemin », qui risquait de s'écrouler » Le comble de la demeure est éclairé aujourd'hui par une seule lucarne au fronton très mutilé où l'on discerne encore une sorte de coquille. Au-dessous une baie étroite a perdu sa traverse. Dans l'une des chambres hautes, existe encore une belle cheminée du XVe siècle, à hotte droite sur linteau à double corniche prenant appui sur des jambages en forme de demi-colonne engagée.

- Le troisième élément au centre de la cour en est aussi le plus imposant et le plus remarquable. Il présente à l'Ouest une longue muraille épaulée par dix contreforts. Entre le neuvième et le dixième est ménagé un passage transversal sur lequel débouchent au sud, deux galeries parallèles en voûte appareillée, soutenue par trois doubleaux en arc brisé. Au Nord deux portes donnent accès à deux autres caveaux semblables. Il s'agit donc d'une magnifique grange aux dîmes, dont la partie supérieure, accessible au levant par un escalier extérieur est aujourd'hui transformée en salle de spectacle et d'exposition spectacle et d'exposition.

- L'angle sud-est de la cour est occupé par un ensemble très complexe de constructions s'échelonnant du XIIe, au XIXe siècle. Imbriquées les unes dans les autres, souvent remaniées comme en témoigne une cheminée du XVe siècle sous une croisée d'ogives, il est bien difficile d'y reconnaître un plan d'ensemble. Un corps de logis en équerre, au comble percé d'un oculus avec un avant-corps à fronton triangulaire vient se raccorder au mur soutenu par trois contreforts de ce qui devait être autrefois la salle capitulaire et dont la façade avait été atrocement défigurée. Elle vient d'être remarquablement remise en valeur et a retrouvé ses deux percements dont l'un est une porte, avec leurs trois voussures en ogive. Elles sont moulurées d'un tore, retombant sur de fines colonnettes, ornementation qui se reproduit à l'intérieur. Les deux travées sont couvertes de voûtes très bombées de style angevin à nervures et liernes. A l'arrière, d'une autre pièce sous croisée d'ogives à clef peinte, on a par une baie, une vue plongeante sur la salle capitulaire. Le secrétariat, les bureaux, la documentation occupent maintenant le reste des locaux, avec salle de restaurant prolongée par un caveau voûté en berceau et plus étroit.

- Enfin, dans le terrain au levant, qui fut peut-être le clos si vaillamment défendu contre les pillards de Picrochole par frère Jean des Entommeures né de l'imagination de Rabelais, subsiste une fuie cylindrique. De plan circulaire aux murs de plus d'un mètre d'épaisseur s'élevant jusqu'à la corniche intacte, elle a depuis longtemps perdu sa toiture. A l'intérieur on trouve, relativement en bon état, quatre travées séparées par trois cordons d'appui, de chacune six rangées de boulins sauf la première qui en a huit. Il est navrant de la voir ainsi à l'abandon, d'autant plus qu'elle figure expressément avec les parties XII" et XV" siècle, les salles voûtées, la chapelle du XVIIe siècle dans l'arrêté d'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques du 26 avril 1948. Souhaitons que les artisans qui vont s'installer au Centre, aient à cœur d'en assurer la sauvegarde en la mettant hors d'eau.


L’Abbaye jusqu'à la Révolution.
De la longue histoire tourmentée de l'abbaye, nous ne rappellerons ici que les événements les plus importants. Ce ne fut à l'origine qu'un simple prieuré dédié à Saint Pierre, fondé vers 1095 par Guillaume de Montsoreau qui le donna « à l'église Saint Etienne, premier martir, sice dans le lieu nommé Vaux » Son fils Gautier 1er obtint de Regnaud, abbé de Saint Etienne d'ériger Seuilly en abbaye vers l'an 1100, sous le patronage du Saint Sépulcre. La dite abbaye paierait « chacun an à l'église Saint Etienne du Vaux au jour et feste de la Circoncision de Nostre Seigneur vingt sols de rente de monaye courante » Le premier abbé Pierre signa une transaction avec Robert d'Arbrissel le 22 septembre 1114. Par la suite, les religieux se placèrent sous la dépendance de l'abbé de Maillezais par deux actes de 1217 et 1234. C'est alors sans doute qu'elle prit le vocable de Notre Dame qu'elle garda jusqu'à la Révolution. On la désigne ainsi dans les actes : « abbaye royale de Notre Dame de Seuilly »

En 1461, un incendie dévasta en partie l'église et les bâtiments claustraux. On attribue à Jeanne de France, femme de Louis de Bourbon, seigneur du Coudray-Montpensier tout proche, la réparation du désastre. C'est pourquoi son blason figurait à la clef de voûte de l'aile droite de l'abbatiale reconstruite à la fin du XVe siècle. C'est l'époque où naissait dans une maison du coteau nommée la « Devinière », François Rabelais qui devait un jour faire ses premières études au monastère. Il en immortalisa le nom dans Gargantua en y situant l'un des premiers combats de la Guerre PICROCHOLINE. Beaucoup de bienfaiteurs du couvent voulurent reposer dans l'église sous la protection spirituelle des religieux. Des aquarelles de la collection Gaignières (1699) reproduisent les tombeaux de Guillaume de Marmande sieur de la Roche Clermault (+ en 1272) et Philippe de Bernezay sa femme ; de Jean Boort Rabasté, chevalier seigneur de Cessigey (+ en 1444) et Elisabeth de Maillé. Les pierres sculptées de motifs Renaissance trouvées en réemploi en 1982 dans le mur de clôture pourraient appartenir à l'un de ces tombeaux, par exemple à René Vincent qui en 1532, fonda cent messes dans l'abbaye, voulant y « être ensépulturé en l'église abbatiale près le bénitier ». Quant au musée du Vieux Chinon, il a recueilli les blasons peints de Jean d'Availloles. Abbé en 1579.

La paroisse de Seuilly formait une châtellenie ayant droit de haute moyenne et basse justice, appartenant à l'abbaye. De celle-ci relevaient en dehors des terres qui lui étaient propres, des fiefs comme celui de Vaumenaize à Thizay qui lui devait l'hommage et de nombreux autres héritages étaient tenus censitivement : les Blardières en la même paroisse, la Madeleine de Cravant, la Maison de l'Arsenal et d'autres plus difficiles à situer. Parmi les vestiges épars de l'abbaye, il faut mentionner ce curieux cadran solaire établi en 1643, dans la cour du cloître par le chambrier Jean Maugin. Un soleil y occupait le centre de l'ardoise octogonale, avec ses rayons marquant les heures et demies, en dessous d'un coeur avec les trois clous de la Passion. Tout autour, de part et d'autre de la date et du nom du moine, se lisait cette devise : « Vive Dieu duquel la mort montre combien l'amour est fort »

Au début du XVIIIe siècle l'abbaye était tombée en pleine décadence. Aussi les magistrats et le corps de ville de Chinon, à la recherche de ressources nouvelles pour le Collège résolurent de demander aux autorités religieuses la suppression des « places monacales et les terres des offices claustraux de Seuilly » pour en donner les revenus au Collège. L'archevêque de Tours leur prêta son appui et c'est dans son hôtel de Paris, rue Saint Dominique, que fut rédigé le 24 septembre 1735, un acte débutant ainsi : « Messire Jean Baptiste Leclerc du Wallon, abbé commendataire de l'abbaye royale de Notre Dame de Seuilly, ordre de Saint Benoît de l'ancienne observance, diocèse de Tours, lequel sur les différentes réquisitions à lui faites par les magistrats et le corps de ville de vouloir bien contribuer autant qu'il était en son pouvoir, au dessein qu'ils ont formé de se pourvoir devant sa Majesté pour lui demander la permission d'établir à Chinon un collège et qu'il fut fondé et « dotté » à l'effet d'y recevoir et d'y élever la jeunesse de cette ville et des lieux circonvoisins, que dans cette vue qui ne présente rien que d'utile à l'Eglise et à l'Etat, puisqu'il est question de former des sujets capables de servir l'un et l'autre, ils ont représenté à Mgr l'archevêque de Tours et ont tout lieu d'espérer qu'il voudra bien pourvoir à la dotation de ce collège par l'union de quelques bénéfices de son diocèse ; Que leur ville n'étant éloignée que de 5/4 de lieues de l'abbaye de Seuilly, ils sont pleinement informés que les religieux qui sont de l'ancienne observance ne sauraient s'assujettir et s'astreindre à la vie commune, que l'on ne doit pas se flatter d'y voir établir la réforme et que cette réforme put subsister, que l'office divin n'est pas même célébré décemment dans cette abbaye attendu le petit nombre de religieux réduit depuis longtemps à quatre, encore ce nombre n'est-il jamais complet à cause de la médiocrité des revenus et parce qu'il n'y a pas de lieux claustraux, les religieux étant obligés de demeurer hors de l'enceinte de l'abbaye dans des maisons dépendant de leurs offices claustraux, que ces faits qui sont de notoriété publique autorisent les magistrats et le corps de ville de représenter au dit sieur abbé, qu'il serait plus avantageux à l'Eglise et à l'Etat que les offices claustraux et places monacales fussent supprimés et que les fruits et revenus qui en dépendent fussent réunis avec les revenus du Petit couvent au Collège de Chinon, destiné à instruire les jeunes que le peu de fortune des parents qui ne peuvent fournir à la dépense d'envoyer leurs enfants étudier aux collèges établis dans les villes voisines laissent sans éducation et par conséquent sans moyens et sans principes de religion, qu'ils ne font enfin que consulter le Concile de Trente, les ordonnances de nos rois et l'utilité que de pareils établissements ont procuré à l'église pour le déterminer et consentir à l'union qu'ils proposent.

Le dit sieur abbé, touché de ces motifs dont il connaît la vérité et considérant en effet que c'est se conformer à l'intention du Concile de Trente que de donner son consentement à une pareille union estime cependant que si l'on fait l'extinction des places monachales et des offices claustraux il est indispensable d'y establir un prestre pour célébrer tous les jours de l'année la sainte messe dans l'église de l'abbaye à l'intention des fondateurs et des bienfaiteurs d'icelle. Dans ces circonstances le dit sieur du Wallon, en sa qualité d'abbé commendataire de la dite abbaye a consenti par ces présentes à l'extinction des places monachales et offices claustraux de la dite abbaye et à l'union et incorporation au Collège de Chinon des fruits et revenus qui dépendent des dites places et offices claustraux... » Mais ceci étant résolu, le dit sieur abbé ne tient pas à se dépouiller de ses droits et met à son accord douze conditions impératives qui sauvegardent largement ses intérêts. Muni de ce consentement, l'archevêque, le 23 janvier 1736, vint à Chinon et le 24, avec les magistrats et le corps de ville toutes les conditions imposées par l'abbé de Seuilly ayant été acceptées,fût rédigé le protocole d'accord définitif. Le 14 septembre 1736, Mgr de Rastignac rendit le décret d'union qui fut confirmé par lettres patentes du roi en décembre de la même année, mais ne furent enregistrées au Parlement que le 17 avril 1738. Sans attendre, dès le 6 février 1736, l'aumônier Jacques Tourton avait abandonné au Collège le logement qu'il occupait et les revenus de sa charge moyennant une rente viagère de 700 livres.

Le 19 octobre 1737, le sacristain dom Philippe Coste suivait son exemple aux mêmes conditions. Quant à la place de prieur, elle était vacante depuis longtemps et l'hospitalier, dom Louis-Charles Dusoul, mourut peu de temps après la parution du décret d'union. Les conditions étaient donc remplies pour que l'abbé,ou plutôt son fermier comme nous le verrons par la suite paie au collège la redevance de 1 200 livres qui sera acquittée jusqu'à la Révolution. Mais l'abbaye en tant que telle n'existait plus.

Nous avons vu que le 26 août 1747, l'entrepreneur Urbain Girard fut chargé d'établir le devis des réparations à faire aux « maisons des officiers claustraux appartenant au collège ». En plus de la maison de l'Aumônier il y avait celle du sacristain, la métairie de l'Hôtel Dieu et celle de l'Aumônerie, dont le mur de clôture était éboulé. Il devait en coûter 1021 Livres. Ces travaux étaient sans doute à peine achevés, quand dans la nuit du 14 au 15 mars 1751, un terrible ouragan dévasta la contrée, renversant notamment le clocher de Sache. A Seuilly, la presque totalité de la charpente de l'église abbatiale fut emportée. On cessa donc de l'utiliser dès cette époque et les offices furent dorénavant célébrés en l'église paroissiale. Quant aux biens temporels de l'abbaye, ils étaient loués à des fermiers dont quelques baux ont été conservés. En 1711 le loyer était de 2 400 livres par an mais le preneur était tenu d'acquitter un certain nombre de redevances. Le dernier contrat est du 29 février 1788 et fut accordé par le mandataire » de Maurice-François de Bourdeille, prêtre doyen du chapitre noble de Brioude, abbé commendataire de l'abbaye royale de Notre Dame de Seuilly, au sieur Jean Desepmes, garçon majeur, marchand fermier demeurant ville et paroisse de Candes » Celui-ci prend pour « le temps et l'espace de neuf années entières et consécutives qui commenceront pour la levée des guérets au mois de mars prochain, et pour le surplus au 1er janvier 1789, tout le revenu temporel composant la mense abbatiale la chapelle, ancienne église, cours, basses cours, grange, pressoir, écuries, caveaux, jardins hauts et bas, fuye, clos et enclos de l'abbaye de Seuilly, le tout contenant environ 18 arpents ». A cela s'ajoutent le clos du bourg, le clos de l'Aumônerie et toutes les terres en relevant. Le montant de la ferme est de 5 450 livres payables en deux termes égaux à Noël et à la Saint Jean Baptiste. Heureusement pour lui sans doute, le fermier n'eut pas longtemps à payer ces redevances qui devaient absorber le plus clair de son revenu. La Révolution qui approchait allait bouleverser tout cela.

L’Abbaye de la Révolution à nos jours.
L'état des biens nationaux de la paroisse dressé en 1790, comprend essentiellement l'abbaye et la description qui en est faite reprend point par point, celle contenue dans le bail de 1788. Une soumission est faite le 1er novembre 1790 par le sieur Dujon et le 23 mai 1791, l'abbaye de Seuilly lui sera adjugée pour 70 000 livres. L'acquéreur, Gabriel-François-Jacques Dujon, seigneur de Bascher, baron de Beauçay, capitaine de grenadiers au régiment de Poitiers, chevalier de Saint Louis, avait comparu à l'assemblée électorale de la noblesse du Poitou en mars 1789. Il n'eut pas le temps de profiter de son acquisition car il mourut à Seuilly le 2 septembre 1792. Il avait eu de son mariage avec Françoise Renée de Mondion au moins un fils. Celui-ci pour l'heure était capitaine au II0 régiment de cavalerie de l'armée de « Mozelle ». Le 2 novembre 1793, il donna procuration à Jean-Baptiste Blouin, archiviste de Loudun, pour vendre en son nom « La maison et bastiments de la ci-devant abbaye de Seuilly avec ses dépendances ». Le 26 fructidor an II (22 août 1794) Urbain-Pierre Gallet cultivateur, Estienne-Magloire Guespin marchand à Chinon, Noël Gallet cultivateur à Seuilly et Julien-Victor Cheneveau se rendaient acquéreurs de l'abbaye dans le but de se la partager dans des proportions prévues à l'avance (26). Ils s'engageaient à payer les 70 000 livres du prix de l'adjudication faite au citoyen Dujon père aux « journées et termes fixés par le receveur de la régie nationale.

Le premier messidor an III (19 juin 1795) il fut procédé après expertise à la composition des quatre lots. Notons tout de suite que Julien Cheneveau et Noël Gallet ne sont intéressés chacun que par des parcelles de terre, le premier pour 7 100 livres et le second pour 2 000 livres seulement. Ce sont donc les deux premiers qui se taillent la part du lion. Urbain-Pierre Gallet aura dans la sienne le grand bâtiment au bord du chemin (l'Aumônerie) servant alors de « salpêtrerie », la grange à côté et la moitié Nord du grand bâtiment au milieu de la cour. Des murs séparation devaient être élevés à frais communs. La valeur de cette part avec huit pièces de terre était de 34 800 livres. Guespin recevait dans la sienne « le principal bâtiment de la ci-devant abbaye servant autrefois de chapelle et la moitié sud de celui au milieu de la cour ». Avec neuf morceaux de terre il en aura pour 26 100 livres.

L'ensemble : 34 800, 26 100, 7 100 et 2000 faisant bien le total de 70 000 livres dues à la Nation. On notera avec intérêt que dans cette énumération il n'est plus du tout question de l'ancienne église, il n'en sera plus fait état dans aucun acte et il est aujourd'hui bien difficile de la localiser avec exactitude. Doit-on en conclure qu'elle fut rasée entre 1791 et 1795 ? La création d'une salpêtrerie dans la maison de l'Aumônier ne trouverait-elle pas là son explication ?

Urbain-Pierre Gallet avait une fille, Louise, qui se maria avec Benjamin-Jean-Frédéric Dumoustier. Celui-ci déclara le décès de son beau père survenu aux Places à Lerné le 14 septembre 1820 à l'âge de 77 ans. Il est probable qu'à cette époque il avait dû récupérer la part de Guespin ; en tous cas, à l'établissement du cadastre, sa fille madame Dumoustier figure comme seule propriétaire de l'abbaye qui semble avoir retrouvé son unité pour un temps. Car elle eut au moins huit enfants qui après la mort de son mari le 17 janvier 1873, se partagèrent la succession le 20 février 1875. Il s'ensuivit une multitude de lots attribués aux frères et soeurs survivants et aux petits enfants qui morcelèrent la propriété. Le 18 mars 1920 cinq de leurs héritiers, vendirent à Henri Pirondeau : « un bâtiment appelé la nouvelle abbaye avec un principal corps de logis auquel on accède par un perron,, le jardin avec la fuie et diverses servitudes » Était réservée provisoirement la maison au bord du chemin avec une cour qui serait séparée par un mur de 2 m 60 de haut élevé à frais communs. Mais le 29 septembre 1921, cette partie à son tour était aliénée à Monsieur et Madame Jules Revol, industriel. Ces derniers devaient en faire donation à leur fils et c'est la veuve de ce dernier qui le 17 avril 1981 a cédé l'immeuble à ses propriétaires actuels. C'est ce qui explique qu'après avoir partagé durant des siècles toutes les vicissitudes de l'abbaye, la Maison de l'Aumônier en est maintenant séparée.


Ce qui restait du couvent allait subir par la suite quatre nouvelles mutations et devenir le 18 mai 1970 la propriété de l'Institut médicopédagogique du Coudray Montpensier qui s'en dessaisit le 3 octobre 1980 au profit du SIVOM de la rive gauche de la Vienne. Il était prévu de restaurer les parties anciennes et d'en faire la Maison du Val de Vienne et d'y installer un centre permanent d'initiation à l'environnement. C'est maintenant chose faite et ses précieux vestiges enfin sauvés et mis en valeur, l'abbaye de Seuilly a entamé une nouvelle page de sa longue histoire.
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Référence Mérimée : IA00011756
Prieuré fondé vers 1095 sous le vocable de Saint-Pierre, puis Saint-Sépulcre et Notre-Dame par Guillaume de Montsoreau ; il appartient à l'abbaye de Saint-Etienne des Vaux en Limousin, puis à l'abbaye de Saint-Maixent ; en 1461 un incendie détruit l'aile droite de l'église ; Jeanne de France répare les dégâts et fait reconstruire le clocher ; en 1751 un ouragan emporte la charpente de l'église abbatiale ; elle est abandonnée ; l'église a complètement disparu ; grange et bâtiments claustraux des 12e ou 13e siècle ; restaurés au 15e siècle ; et remaniés 17e siècle ; adjonctions 19e siècle
protection MH 1948 : inscrit MH

- Abbatiale Saint-Pierre de Preuilly: analyse archéologique, histoire monumentale et synthèse générale Gérard FLEURY - Bulletin SAT 2009 - Page 79
- L’ancienne abbaye de Seuilly, André Montoux. Bull. Soc. Amis Vx. Chinon T. VIII, N" 10, 1986, page 42.

Abbaye-Saint-Sépulcre-de-Seuilly. Cne de Seuilly. Ecclesia Sulliacensis Sancti Sepulcri, 1114 (Dom Housseau, t. I, n° 635, charte de l’abbaye de Fontevraud, charte de l’abbaye de Fontevraud) ; De Sulliaco, Turonensis Diocesis, 22 février 1320 (Cartulaire de l’archevêché de Tours, t. 1, p. 132, charte 52) ; Abbacia de Suilleyo, vers 1330 (Pouillé de Tours, p. 28) ; Ad abbatem de Suilleio, XIVe s. (Pouillé de Tours, p. 40) ; Abbati de Sulleio, fin XIVe s. (Pouillé de Tours, p. 42) ; Pierre Pithier, prieur de l’abbaye de Seuillé, 1464 (A.N.-JJ 199, n° 513, fol. 323) ; Abbas de Suillé, XVe s. (Pouillé de Tours, p. 46) ; Abbatis de Suliaci, XVe s. (Pouillé de Tours, p. 47) ; Prise de possession de l’abbaye de Seuilly, fait à la réquisition de Me Jean Baptiste Leclerc, clerc, 5 avril 1714 (acte Gilloire-Chinon) ; Abbaye de Suilly, archiprêtré de Lille Bouchard, 1781 (A.D. 37-G 11, fol. 339) ; Couvent de Suilly, archiprêtré de Lille Bouchard, 1781 (A.D. 37-G 11, fol. 340-343) ; Le manoir de l’abbaye de Seuilly, 23 mai 1791 (A.D. 37-1 Q 91, P.V. 240. Biens Nationaux) ; L’Abbaye, 1837 (Cadastre) ; Le domaine de l’Abbaye, 23 janvier 1851 (acte Lecomte-Chinon) ; L’Abbaye, 1959 (Cadastre). Abbaye bénédictine Saint-Pierre de Seuilly, alais Saint-Sépulcre, fondée en 1095 par Guillaume de Montsoreau ; en 1114, Robert d’Arbrissel traite avec ce monastère au sujet de l’abbaye de Fontevrault. Uni à la Congrégation de Saint-Maur au XVIIe s. A.D. 37-H 18, 181-186. Gallia Christiana, t. XIV, col. 309, t. II, col. 1114, 1366, Instrumenta, col. 380. Migne, Patrologie latine, t. 162, col. 1087, t. 220, col. 1142 (Sully). Sur le cadastre de 1837, le hangar sépare le grand bâtiment en 2 parties. A.D. 37-H 579-588.
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Sources :
http://www.manoirabbaye.com/
http://www.litteratur.fr/?p=774

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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 16:54 (2014)    Sujet du message: L'Abbaye Saint Pierre de Seuilly. Répondre en citant


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