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Sorcellerie et possession en Touraine aux XVIe-XVIIe siècles.

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Sam 23 Avr - 10:12 (2016)    Sujet du message: Sorcellerie et possession en Touraine aux XVIe-XVIIe siècles. Répondre en citant

Sorcellerie et possession en Touraine aux XVIe-XVIIe siècles.
Satan et autres diablerie...


Évoquons ici quelques recherches concernant la Touraine relatives à la vague de sorcellerie de l'époque de la Renaissance et la « crise du satanisme » du début du XVIIe siècle. Concernant la grande chasse aux sorcières de la fin du XVIe siècle. Il traite, en outre, de la «crise de la sorcellerie» à la suite de l'affaire de Loudun : en 1634, à Chinon, se produisit une imitation du scénario tragique de Loudun. Léonor d'Estampes de Valençay (1) abbé de Bourgueil et évêque de Chartres, appartenait à la commission épiscopale qui enterra cette affaire.

Le contexte.
En octobre 1593, le parlement de Paris, replié à Tours, confirmait trois condamnations au feu de sorcières — l'une par le présidial de Tours, l'autre par le prévôt d'Angers, la troisième par le lieutenant criminel de Saumur. Quatre ans plus tôt, en 1589, les magistrats parisiens, réfugiés en Touraine après les barricades parisiennes, avaient jugé, en appel, à Tours, 14 accusés de sorcellerie. Ils avaient demandé au médecin de Henri III,Pigray, de leur faire un rapport sur ces prévenus et avaient suivi les conclusions de ce rapport : considérant que les 14 étaient seulement « dépravez en leurs imagination », la cour avait, en effet, décidé l'acquittement.

Le 18 août 1634, le curé Urbain Grandier est brûlé vif sur la place Sainte-Croix de Loudun, après un procès en sorcellerie qui a offert à une foule avide de sensations fortes, durant des mois, le spectacle obscène des possédées. Un certain Pierre Barré, curé de Saint-Jacques de Chinon et chanoine de Saint-Mexme, appelé à Loudun pour prêter main forte aux exorcistes, voyant le bénéfice qu'il peut tirer de la crédulité populaire, organise dans sa propre paroisse, à une échelle plus réduite, le même type de spectacle qui réussit si bien dans la ville voisine. Entre procès, accusations, interventions politiques et religieuses, il faudra des années pour lui faire cesser ces pratiques scandaleuses, auxquelles il ne sera mis fin qu'en 1640.

Les possédées de Loudun.
La Touraine, par ses médecins, ses juristes, ses ecclésiastiques, fut intimement mêlée à cette affaire ; si beaucoup d’entre eux sont oubliés, quelques uns sont encore connus comme le vénérable Jean-Baptiste Gault, futur évêque de Marseille ou le poète chinonais Claude Quillet. Il y a bien une affaire des possédées de Chinon, grandement oubliée aujourd’hui. En dehors des sources manuscrites, le premier historien qui en parle est le chanoine Jean Maan dans « Sancta et Metropolitana ecclesia turonensis » paru à Tours en 1667. Pierre Barré, avec l’accord du corps de ville de Chinon, avait fait venir les Ursulines sur sa paroisse et le 25 avril 1632.

Des possédées à Chinon ?
Un peu plus tard, c'est, de 1632 à 1634, la fameuse affaire de Loudun aux confins du Poitou et de la Touraine. Mais il s'agit, cette fois, non plus de nonnes mais de laïques. De jeunes paroissiennes de Saint-Jacques de Chinon, plus ou moins influencées par leur curé, Pierre Barré, (d'autant plus prompt à voir partout l'action de Satan qu'il avait été exorciste à Loudun) se déclarèrent possédées, en mai 1634, quatre mois avant l'exécution d'Urbain Grandier. Elles se dirent victime de ce dernier mais aussi de divers notables de Chinon dont un médecin, Quillet. C’est naturellement Pierre Barré qui conduisit l’exorcisme dans l’église Saint-Jacques de Chinon, à partir du 30 mai 1634. Et comme on pouvait le prévoir, les deux filles, Catherine Aubin et Jeanne LeTailleux. Pierre Barré, pendant l’automne, continua d’exorciser dans son église Saint-Jacques de Chinon. Puis Barré vint à Bourgueil en effet avec Catherine Aubin et Jeanne Le Tailleux. Sans cesser tout à fait, la possession de Chinon entra alors en sommeil jusqu’en 1640. à partir de cette date, l’affaire prit une tournure inattendue. Une femme nommée Beloquin – peut-être la femme du sergent royal de Chinon Louis Beloquin – étant entrée de grand matin dans l’église Saint-Jacques, une fiole de sang de poulet dissimulée sur elle, avait répandu un peu de ce sang sur la nappe de l’autel. Barré, qui avait mené enquête pour connaître l’origine de ce sang, ne tarda pas à exorciser la Beloquin. Et le diable – bien entendu, il possédait cette femme – fit savoir qu’elle avait été violée sur l’autel par Gilloire, un prêtre de Chinon. Consternation à travers la ville, mais aussi perplexité : trop, c’était trop. L’enquête du lieutenant criminel découvrit la vérité et il envoya un procès-verbal à l’archevêque de Tours.

Mais les possédées de Chinon n’étaient pas que de « pauvres filles du peuple » comme l’avait dit le médecin Claude Quillet; elles étaient les filles ou les parentes de presque toutes les notabilités locales. On chercha à étouffer cette triste affaire et ce fut d’autant plus facile que Richelieu souhaitait éviter toute procédure qui puisse rappeler Urbain Grandier.

Loudun allait-il se reproduire au pays de Rabelais ?
Non, parce que le gouvernement royal n'avait pas, cette fois, d'intérêt dans l'affaire, que les accusés se défendirent et que l'intelligence du curé Barré n'était pas à la hauteur de ses certitudes. Le médecin Quillet, notamment, rédigea en septembre 1634 un mémoire sur les « prétendues possédées ». Ce manuscrit, mentionné par Robert Mandrou, se trouve à Paris, à la Bibliothèque nationale. C'est un texte émouvant — si l'on songe à ce qui menaçait son auteur et aussi, habile : il y présente le curé Barré comme un pieux imbécile « Monsieur Barré, prebtre réputé depuis longtemps aussi sainct comme il est apparu depuis quelques mois simple et crédule, produit en cette ville de Chinon pour possédées de pauvres filles du peuple, toutes de sa paroisse qui n'ont encore depuis tant de jours qu'il les montre faict voir ny en leurs paroles, ny en leurs actions aucun effet surnaturel mais plutôt une prodigieuse impiété et malice ».

Quillet ajoute que, sur les huit filles soumises aux exorcismes, seulement deux ont persisté à se dire possédées et toutes deux avaient assisté aux exorcismes de Loudun. Les exorcismes sont ridicules : les diables ne comprennent le latin que s'il est proche du français et Quillet de relever toute une série de contresens (par exemple à la question «Quis erat praeses ?» — au sabbat — les filles répondent « non il n'était pas présent », confondant présence et présidence. Les accusations sont grotesques : par exemple Quillet a quitté Montpellier depuis cinq ans or, les « possédée» déclarent qu'il y a fait pacte avec Léviathan il y a quatre ans... Même si son auteur jugea prudent de s'exiler quelque temps en Italie, ce texte contribua assurément à l'effondrement de cette tentative de rouvrir un théâtre satanique à l'instar de celui de Loudun, en particulier après la comparution des possédées devant la commission ecclésiastique, réunie à Bourgueil, en novembre 1634, sous la présidence d'Alphonse de Richelieu, cardinal, primat des Gaules et frère du premier ministre.

Les filles, paralysées par la présence des prélats, restèrent muettes et le curé Barré incapable de rompre le prétendu « pacte de silence » imposé aux filles par les démons se ridiculisa en déclarant par serment que la possession était aussi réelle que la présence du Christ dans l'Eucharistie. Après trois années marquées par de nouveaux exorcismes et des dénonciations suscitant des plaintes en justice des accusés, l'affaire fut liquidée par l'archevêché de Tours qui obligea Barré à se retirer dans un couvent et fit interner les principales possédées…

En présence de la contagion démoniaque certains prélats se montrèrent de grand sang-froid, et de grand sens. L'épidémie de possession ayant passé de Loudun à Chinon. Les évêques de Lyon, Nîmes, Chartres, Angers, vinrent sur place, et se persuadèrent qu'il était urgent d'interdire les exorcismes publiques, l’archevêque de Tours interdit ceux de Chinon, et le nombre des ensorcelée diminua aussitôt..

Au XVIIIe siècle et à l'époque romantique, le refus de l'enfermement monastique conduisit les auteurs à une explication naturaliste : la «possession» prétendue est le reflet des troubles sexuels suscités par une réclusion contraire à la nature. À la fin du XIXe siècle, les historiens disciples de Charcot expliquent exclusivement le phénomène par l'hystérie tandis qu'au XXe siècle intervient une approche psychanalytique.


Pierre Barré.
Né à Chinon, sans doute en 1580, d’une vieille famille encore présente dans la région, Pierre Barré, curé de la paroisse Saint-Jacques de Chinon, fut le premier exorciste des ursulines de loudun. Assez vite écarté des exorcismes et remplacé par les Jésuites, il a voulu prolonger l’affaire dans sa paroisse de Chinon. Mais pour cela, il n’a pas disposé d’acteurs de grande envergure comparables à Jeanne des anges ou au Père surin et l’affaire de Chinon tourna court. Pierre Barré fut condamné et, croyait-on, banni (c’est du moins la version soutenue par Nicolas Aubin dans son Histoire des Diables de Loudun, sans cesse reprise depuis le XVIIe siècle) Son véritable destin de moine bénédictin était totalement ignoré jusqu’ici. Cette étude révèle que Pierre Barré, maladroitement excessif, avait pourtant été apprécié pour son zèle à l’époque de la Réforme catholique…

Situé dans le faubourg Saint-Jacques, au sud de Chinon, sur la rive gauche de la Vienne, se trouvait l’église Saint-Jacques, construite au XVe siècle à la place d’une ancienne chapelle de la fin du XIe quai Danton. Elle avait un cloché carré édifié en 1670, abandonné, elle est devenue une maison d’habitation en 1792. Elle fut détruite entre 1933 et 1934

Au XVIe et XVIIe, la question du transport corporel était vivement débattue.
Un habitant de Loches, en Touraine, s'était, dit-il, marié, sans rechercher si sa femme n'avait pas eu d'accointance avec le Diable et c'était grande imprudence, car il eut pu facilement se renseigner. Tous sorciers et sorcières devant, si on les jetait à l'eau, surnager, il aurait suffit notre homme de proposer à sa fiancée une promenade en bateau sur l'lndre, et de faire chavirer l'embarcation. Allant au fond de la rivière, la fille était innocente, et le galant n'avait qu'à la repêcher demeurait-elle, au contraire à la surface de l'eau, c'est que Satan, dont la nature est d'être tort léger (puisqu'il participe de l'air, plus que de l'eau) la soutenait sur son dos et tout projet de mariage était rompu.

Or, le Lochois s'étant marié,s 'aperçut que sa femme de temps à autre, la nuit, désertait le lit conjugal. Il lui demanda des explications, et elle n'en donna que de très mauvaises, Il s'emporta si violemment en menaces qu'elle eut peur, et avoua se rendre au Sabbat mais s'empressant aussitôt de décrire les merveilles qu'on y voyait, et supplia son mari de l'y accompagner. Le malheureux se laissa convaincre. La tentatrice lui dit qu'il leur suffisait de s'oindre le corps d'un onguant diabolique et qu'ils seraient transportés au loin, l'un et l'autre, et, le Sabbat terminé, ramenés dans leur lit. Mari et femme s'oignirent donc, et en un clin d’œil, ils se trouvèrent en la compagnie d'un grand nombre de sorciers, sorcières, et diables si hideux à voir en figure humaine que le Lochois s'écria « Mon Dieu ! où sommes nous ? »

A peine avait-il prononcé le nom de Dieu, que toute l'assistance s'évanouit comme fumée. La femme revint sans doute à Loches, par la voie des airs, mais le mari se trouva, dit Bodin,.« Seul et nu, errant par les champs jusqu'au matin » Des paysans qu'il rencontra lui donnèrent quelques bardes, pour se couvrir, et lui révélèrent qu'il était, aux environs de Bordeaux. Il mit quinze jours à regagner Loches, et, à peine y fut-il, qu'il se rendit chez le juge criminel, pour dénoncer sa femme (2)


Dès le milieu du XVIe siècles, sorciers et sorcières ne sont plus guère traduits devant les tribunaux ecclésiastiques, et comparaissent devant les juges ordinaires, royaux on municipaux. Jamais ils ne sont assistés d'avocats probablement d 'ailleurs n’en trouveraient-ils pas. Au XVe et au XVIe siècles, c'est un crime de ne pas croire la magie et de soutenir qu'il ne faut pas poursuivre et punir les sorcières et sorcières. Quand un habitant de Loches dénonce sa femme, comme l'ayant entraîné au Sabbat, on fait le procès cette sorcière qui est brûlée et le mari n’est pas inquiété…
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(1) Quelques années plus tard, Léonor d'Estampes devint archevêque de Reims où il dénonça les excès de zèle des petits juges persécuteurs.
(2) Bodin – La Démonomanie : Soutenant que les même faits se seraient produits à Chatellerault, à Lyon, dans ta comté de Bénévent, etc. il n'y a pas lien de s'étonner que beaucoup de ses contemporains aient cru, comme lui, au transport des corps par le Diable.

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Source : Robert Sauzet (synthèse) – Sorcellerie et possession en Touraine
et Berry aux XVIe-XVIIe siècles.
M. Henri CARRÉ - Quelques mots sur la sorcellerie dans les provinces de l'Ouest au XVI et au XVII Siècles.
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MessagePosté le: Sam 23 Avr - 10:12 (2016)    Sujet du message: Publicité

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