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Le Château des Belles Ruries.

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Dim 18 Fév - 11:33 (2018)    Sujet du message: Le Château des Belles Ruries. Répondre en citant

Le Château des Belles Ruries.
Monnaie.


Autrefois construit au milieu des communs, le pigeonnier des Belles Ruries en est le seul vestige et fait aujourd'hui face au château reconstruit à la fin du 19e siècle. Construit en 1611 (date gravée au-dessus de la porte) il adopte une forme circulaire de 8 mètres de diamètre, coiffée d'une imposante toiture à quatre niveaux superposés et surmontés d'un lanternon. Les trois derniers niveaux, ajourés pour le passage des pigeons sont de forme hexagonale. L'intérieur comporte 1200 trous de boulins accessibles par deux échelles tournantes. Le château actuel occupe la place d’une ancienne métairie qui fut érigée en fief en 1600 en faveur de Claude Barentin. Ce fief appartenait en 1789 à Antoine-François de Lonlay, seigneur de Monnaie.


La métairie, relevant du Crochet, fut érigée en fief, le 28 septembre 1600, en faveur de Claude Barentin. Elle comprenait alors 84 arpents de terres labourables et de bois. Ce domaine a appartenu à: François Joret, conseiller du roi, maire de Tours en 1571 et 1572 (en 1568) Claude Barentin, chanoine et grand-archiprêtre de l'église de Tours (en 1582-1600) Jacques-Honoré Barentin (en 1632-1667) Antoine-François de Lonlay, chevalier, seigneur de Monnaie, chevalier de Saint-Louis (en 1789)
Il y avait aux Belles-Ruries une chapelle mentionnée dans le Registre de visite des chapelles du diocèse de Tours, en 1787.

Le premier château.
Après le colombier, le château. Honoré Barentin est certainement le constructeur du premier corps de bâtiment édifié, d'après Montoux, vers 1634. Il correspond à l'immeuble constituant l'aile gauche de la façade méridionale de l'actuel château. Une bâtisse classique, assez sobre, composée d'un seul niveau : un rez-de-chaussée surélevé auquel on accède par des petits perrons, et flanqué initialement à l'Est et à l'Ouest de deux pavillons en légère saillie au nord. Le tout est recouvert d'une haute toiture en ardoise, percée de lucarnes à fronton triangulaire, surmontées d'une plus petite et alternant avec des oculus (oeil de bœuf). L'édifice comprend une chapelle installée dans un des pavillons.


La façade de ce premier château aurait toutefois été remaniée lors de la construction, dans son prolongement, de la partie datant du XIVe siècle, et le pavillon Est à depuis disparu. Ce manoir a probablement été élevé à l'emplacement d'anciens bâtiments fermant le U de la métairie: une belle cave voûtée courant sous l'édifice, mais moins large que lui, en est certainement un vestige, tout comme, à l'arrière du château, la grande esplanade bordée d'anciennes douves asséchées, bien visibles encore sur le plan du cadastre napoléonien. La métairie, restée face au château, continue à fonctionner. L'exploitation est d'ailleurs louée à un fermier le sieur Trahan. Honoré Barentin décède quelques années plus tard à Paris le 10 mai 1639 dans sa soixante-quinzième année. Il ne laisse pas de descendants en ligne directe.

Son testament fait à Paris le 4 avril 1639 et déposé pour minute à M. Laisné, notaire à Paris, montre son attachement au château. Il désigne son neveu Charles Barentin, maître des Comptes, comme héritier de sa « maison des Belles-Ruries en Touraine», mais en fixant des clauses bien précises : Celui-ci doit s'engager à la maintenir en bon état, à la transmette après son décès à son fils aîné, et ce dernier doit respecter les mêmes obligations et la céder à son cour à son propre fils, et ainsi de suite pour toutes les générations qui se succèderont par la suite. Il est précisé que la succession doit se faire uniquement de mâle à mâle, et que chaque héritier potentiel sera dans l'obligation d'ajouter le nom d'Honoré, donc celui du généreux donateur.

L'origine du toponyme.
Les Belles-Ruries, ce toponyme est attesté à Monnaie dès 1564, mais on le trouve souvent jusqu'aux XVIIe – XVIIIe siècles, plutôt orthographié « les Berruries », voire « la Bernerie ». Ainsi dans une lettre écrite en 1712 un gentilhomme tourangeau Anne-René d'Espinay, chevalier, dit avoir rencontré aux « Berruries » l'intendant de Poitiers Y. M. de la Bourdonnaye. Ce nom de lieudit ne semble d'ailleurs pas spécifique à notre commune : on relève aussi l'existence d'une Berruerie à Mettray, cité comme fief par Carré de Busserolle, ainsi qu'à Saunay et à Cussay. La version initiale de ce toponyme peut laisser penser, comme de nombreux noms datant de cette époque, qu'il s'est formé à partir d'un patronyme, Berruer, auquel on a accolé le suffixe « erie » Cette hypothèse se trouve étayée par le fait qu'on relève, dans les registres paroissiaux de Monnaie au XVIIe siècle, plusieurs familles du nom de Berruer ou Berner.


Le nom de Belles-Ruries semble s'imposer définitivement au cours du Siècle des Lumières. Certainement le résultat d'une déformation phonétique, mais nettement plus poétique, il peut être interprété comme « les Belles-Campagnes». C'est d'ailleurs sous cette appellation que figure le lieu-dit et le château sur la carte de Cassini établie à la fin du XVIIIe siècle. Une simple métairie au départ Au départ la propriété n'est qu'une simple métairie, plutôt isolée, à quelques kilomètres au sud-ouest du bourg de Monnaie et relevant du fief du Crochet de Rochecorbon. Au XVIe siècle elle aurait appartenu successivement à un certain Jehan Juste, grand sculpteur tourangeau, « Imagier du roi et seigneur de la Bondinière à Chanceaux-sur-Choisille «, puis à François Jarret, attesté comme propriétaire des Belles-Ruries et Fontenay à Monnaie en 1568. Ce dernier porte bien d'autres titres : seigneur de Vaufouinard à Rochecorbon, seigneur du Val-de-Coudre à Chambray en 1556 (certainement par le biais de sa femme Marie Travers), il est aussi conseiller du roi et maire de Tours en 1570-1571.

Le XVIIe siècle marque un nouveau changement de propriétaire, et de statut : le 28 septembre 1600 la terre des Belles-Ruries est érigée en fief en faveur d'un certain Claude Barentin, chanoine et archiprêtre de l'église de Tours. André Montoux nous apprend que ce dernier tenait ce domaine de messieurs les chanoines et chapitre de l'église de Tours (cathédrale Saint-Gatien) suivant une déclaration faite par celui-ci dans un acte passé devant M Frédérieux et Lombard, notaires à Dunkerque le 15 avril 1600. L'exploitation agricole comprend alors 84 arpents de terres labourables et de bois (environ 55 ha). Curieusement on apprend que Claude Barentin, sieur de Barriès (peut-être des Berruries), a épousé Marie Jarret ... Est-ce une simple coïncidence ? On peut penser que Marie était peut-être la fille du maire de Tours, l'ancien propriétaire des lieux. Avec les Barentin, commence alors pour la propriété une autre destinée. Elle va progressivement se transformer en château et restera dans cette grande famille pendant plus d'un siècle et demi...

Le fief des Barentin en Touraine (1600-1770)
La famille Barentin est originaire de Picardie et du Vendômois. En 1723 elle prouve sa noblesse depuis Pierre Barentin, commissaire des Guerres, vivant en 1589. Son blason est « d'azur, à trois fasces, la première d'or, les deux autres ondées, d'argent, la première surmontée de trois étoiles de même» Les Barentin constituent aux XVIIe et XVIIIe siècles une célèbre famille de noblesse de robe (ou de cloche), à l'image des Colbert et des Le Tellier. Grands serviteurs de la monarchie, ses membres vont fournir au royaume plusieurs secrétaires d'État, maîtres des requêtes, intendants et même un président du Grand conseil sous Louis XIV et un Garde des Sceaux sous Louis XVI. Honoré Barentin Celui qui va faire des Belles-Ruries une résidence tourangelle digne de ce nom est Honoré Barentin, probablement fils de Claude Barentin. Dès 1603, les registres paroissiaux de Monnaie font mention d'Honoré Barentin, seigneur des Belles-Ruries, conseiller du roi ... marié à damoiselle Anne du Hamel.

Haut et puissant personnage, notre homme multiplie les casquettes et les fonctions prestigieuses, tant au niveau national que régional. Conseiller d'État, intendant de justice et de finances en 1616, secrétaire du roi en 1627, trésorier des parties casuelles. le sieur de Charonne-Barentin est un proche du pouvoir royal sous la régence et fidèle serviteur de Louis XIII. Très souvent retenu par ses fonctions à Paris, il sillonne aussi le royaume et suit la cour dans ses déplacements, mais il prend le temps de venir en Touraine où il exerce des responsabilités importantes en tant qu'échevin de Tours (les échevins et le maire constituent le Corps de ville). On apprend, par un bail signé en 1609, qu'il est aussi seigneur de Monnaie, titre jadis porté par les Mesnager, seigneurs du Mortier. On ignore comment s'est effectué le changement de titulaire pour cette seigneurie. Un peu plus tard, en 1632, M. Barentin achète à messire François Rousselet, marquis de Château-Renault, la mouvance du fief de Bourdigal et de la Genetee, appartenant à l'abbaye de Marmoutier. L'implantation des Barentin à Monnaie se confirme. Ambitieux, disposant de capitaux importants, ils cherchent clairement à étendre leur assise foncière, base de la considération et de la réussite. Ils ne se contentent pas d'ailleurs de collectionner les titres : depuis qu'ils ont acquis les Berruries, les Barentin vont construire et très vite transformer le domaine agricole en une véritable «châtellerie » à son propre nom. Un tantinet mégalo et un brin misogyne, Honoré Barentin, mais après tout, un tel héritage vaut bien quelques contraintes ...


Les héritiers d'Honoré Barentin.
Conformément à ces dernières volontés, la propriété restera dans la famille jusqu'en 1770. Après avoir appartenu à Charles Barentin, il passe à son fils Jacques-Honoré (1626-1689). Marié à Madeleine Penot de la Malmaison notre nouveau seigneur demeure le plus souvent à Paris «en son hostel... rue du Jardinet, paroisse Saint Cosme ». Car celui qu'on nomme bientôt le hault et puissant seigneur messire Jacques-Honoré Barentin accède à des fonctions importantes auprès de Louis XIV : Maître des requêtes au Grand Conseil, intendant à Limoges, puis à Poitiers, premier président au Grand Conseil en 1665. et certainement jusqu'en 1689, année de sa mort (Madame de Sévigné en parle dans ses lettres), conseiller de Roy en tous ses Conseils en 1677. Ses responsabilités et charges diverses ne l'empêchent pas de venir en Touraine où ses séjours sont l'occasion pour les habitants de manifester leur considération :
- le 11 août 1648 le seigneur des Belle-Reuries, Madaire, Monnaye et autres lieux vient bénir la petite cloche de l'église paroissiale
- le 11 septembre 1677 son épouse assiste comme marraine au baptême de Charlotte Proust, fille du fermier des Belles-Ruries. Toujours soucieux de valoriser son domaine de Monnaie, il l'agrandit en 1680 par l'acquisition de la métairie du Pineau, propriété de Marmoutier, qu'il échange, malgré le peu d'enthousiasme des moines, contre la mouvance de Bourdigal acquise par son grand-oncle. Visiblement la transaction, peu équitable, a été imposée à l'abbaye qui ne peut s'opposer à un tel personnage.

Après son décès en 1689, c'est son fils, Charles-Honoré, maître des requêtes, puis intendant de Flandre, qui hérite du domaine et de ses annexes. Mais il décide d'en faire don à son frère Charles, abbé des abbayes de Vaas et de la Boissière, comme témoignage de «la bonne amitié» qui les liait. Cette donation a été faite suivant contrat passé devant M. Le Moine et son collègue, notaires à Paris en août 1696. La seigneurie des Belles-Ruries échoit donc au frère cadet, un religieux, mais le contrat stipule que le dit Charles n'aura que l'usufruit de ces terres, et qu'à la mort de son frère Charles-Honoré les dires terres devront être substituées (cédées) au fils aîné mâle de ce dernier, conformément aux volontés du légataire initial. La présence de Charles Barentin à Monnaie est attestée en 1718 : il assiste à la bénédiction d'une cloche portant son nom. Charles-Honoré décède prématurément en 1705, laissant deux enfants en bas âge. Quant à son frère abbé, il meurt bien plus tard en 1723. A sa majorité Charles Amable-Honoré, le fils aîné de Charles- Honoré, prend la relève. Digne héritier d'une lignée prestigieuse, on le voit tour à tour exercer les fonctions de maître des requêtes, intendant de La Rochelle en 1737. puis de !'Orléanais en 1747, poste géographiquement assez proche de ses racines tourangelles.

Difficile néanmoins de savoir si au cours du XVIIIe siècle les Barentin viennent souvent dans leur « maison » de Monnaie. Tous continuent à occuper des postes importants soit à Paris, soit en province, et avec le temps leurs liens semblent se distendre avec la Touraine. Le domaine continue à être loué à des fermiers : en 1713 Louis Bechot, en 1734 René Bechot, sont attestés comme fermier des Belles-Ruries; en 1758 et en 1768 « la terre et ferme des Bellesruries » est affermée à David Bacot. Tous jouissent de revenus confortables et font partie des gros bonnets du village. Le dernier Barentin à reprendre le flambeau de l'héritage tourangeau est Charles Louis François de Paule, fils de Charles-Amable Honoré. Né à Paris en 1738, avocat général de sa Majesté au Parlement de Paris, c'est un proche de Louis XV. Promis lui aussi à une belle carrière. En 1788 il sera nommé garde des sceaux par Louis XVI. A la suite de Lamoignon. Il ne garde pas le domaine des Belles-Ruries. Suite au décès de son père intervenu en 1762, il vend toutes ses propriétés le 26 juin 1770 à M. Antoine François de Lonlay pour la somme de 94000 livres. L'acte est passé devant deux notaires au Châtelet de Paris dont M. Baron. La propriété de la famille de Lonlay (1770-1914) A partir de 1770 le nouveau propriétaire de la « terre, châtellenie et fief de Monnaie, domaine de Bois rougeolles, de Lignou, La Carte, Bordebure, Boissoleil, La Godellerie » est donc Monsieur Antoine François de Lonlay de la Tirardière du Breuil, ancien capitaine au régiment de la Marine. Au moment où l'acte d'acquisition est signé, il demeure à Saint-Didier, près d'Alençon.

Les de Lonlay, originaires de Normandie et de Bretagne, font partie de la vieille noblesse : une famille d'écuyers de pères en fils depuis 1553, comme en témoigne la généalogie fournie par Antoine François en 1772, afin de bénéficier d'un privilège exorbitant réservé à cette époque au sang bleu : L’exemption de taille. Leurs armoiries sont «d'argent à trois porcelets de sable, à la fleur de lys de gueules posée en cœur de l'écu «. Né dans la paroisse de Romporoux, diocèse de Sées, Antoine-François est fils de François de Lonlay, écuyer, et Marie-Anne Dumesnil de Saint Didier. Il épouse le 10 février 1767 Marie-Catherine-Andrée Roy Courson de la Venade, fille de Robert, écuyer, chevalier de Saint Louis, notaire de Saint-Pierre de la Martinique, et de Marie-Dorothée-Jehanne des Rivières. La famille de Couson est bien connue à la Martinique. C'est d'ailleurs sa belle-famille qui l'aide à régler l'achat de la propriété : 80000 livres lui sont envoyées de la Martinique et de Saint-Domingue par Madame de la Venade, sa belle-mère, ces Messieurs Roy de Courson de la Venade, ses beaux-frères, à valoir en déduction de ce qui revient à sa femme pour la succession de son père.

La famille de Lonlay et ses domaines vont réussir à passer les années troubles de la Révolution sans trop de dommage. Antoine François siège à l'assemblée générale de la noblesse élue en 1789 à l'occasion des États Généraux. Son épouse est même choisie comme marraine du drapeau de la Garde nationale lorsqu'il reçoit sa bénédiction à l'église en juin 1790. Néanmoins les choses se gâtent quelques jours plus tard, le 14 juillet, lorsqu'il s'agit de prêter serment fédératif... Antoine François s'est d'abord abstenu, puis s'est finalement exécuté, non sans avoir insulté au passage quelques citoyens qui l'avaient à l’œil et semblaient douter de son patriotisme.


Les communs.

Trois ans plus tard c'est la Terreur. On déclare la patrie en danger et la chasse aux ennemis de la Révolution est ouverte. À Monnaie, tout citoyen suspect doit désormais être arrêté sur-le-champ. Plusieurs habitants vont ainsi être l'objet d'une étroite surveillance. Le citoyen de Lonlay n'échappe pas à la vigilance. Ses meubles sont mis sous scellés et le 23 mars 1793 le maire, Sylvain Rouault, suivi du procureur et du greffier, se transporte aux « Berruries» pour en vérifier l'état. Il ouvre deux armoires mais ne découvre que «des chapeaux et meubles à l'usage des dames»... donc aucun papier compromettant pour le maître des lieux. C'est le soulagement. La famille de Lonlay ne fera pas partie de ceux qui doivent émigrer. Mieux : dès que l'orage est passé, elle va fournir à la commune un maire qui, avec Alfred Tiphaine, détient un record de longévité à ce poste : Antoine Marie Adrien de Lonlay, le fils d'Antoine, né à Fore-Saint-Pierre de la Martinique en 1767. Après un début de carrière dans l'armée, notre militaire accepte d'exercer les fonctions municipales sous le Premier Empire et les conserve jusqu'en 1855. année de son décès, soit près de quarante-huit années. C'est lui qui fait élever la deuxième partie du château, à l'Est, dans le prolongement (mais en saillie vers le Sud) du corps de logis construit par Honoré Barentin, avec toutefois un étage de plus. Le pavillon Est de la première construction a disparu, du moins visiblement car la partie ouest de la nouvelle bâtisse est certainement venue se superposer en façade à cette partie de la demeure initiale. Au-dessus des deux portes d'entrée, côté Nord et côté sud, le maître des lieux a fait installer une plaque, surmontée de ses armoiries, et sur laquelle a été gravée une citation tirée des Bucoliques de Virgile.

Les bâtiments de ferme entourant le pigeonnier face au château sont toutefois conservés. Ce n'est que plus tard qu'ils seront rasés, dégageant ainsi l'espace s'étendant devant la grande demeure. De nouvelles constructions à usage agricole sont ensuite édifiées à l'Ouest du château dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Vastes et fonctionnelles, percées de porches élégants marquant désormais l'entrée du domaine au levant, ces installations font des Belles-Ruries le modèle type d'une exploitation agricole très moderne pour l'époque. Sans doute construite en même temps que ces bâtiments, on peut encore admirer, dans leur prolongement côté nord, une très belle orangerie. Monsieur de Lonlay décède aux Belles-Ruries le 20 juillet 1855. Il ne laisse pas d'enfants. La propriété revient à son neveu M. René Adrien de Russan, qui revêt également l'écharpe de maire portée si longtemps par son oncle. Il doit gérer au mieux le délicat dossier du passage de la voie ferrée sur le territoire de sa commune ainsi que les expropriations engendrées. Il est d'ailleurs le premier concerné car la ligne prévue (rajoutée au crayon sur le plan de 1854) passe au départ par les bois des Belles-Ruries. Mme de Russan aurait alors su jouer de son charme (elle en avait beaucoup) pour obtenir des ingénieurs une modification du tracé. M. de Russan meurt le 12 janvier 1871 alors que le château traverse à nouveau une période difficile : Le 20 décembre 1870 il se retrouve au cœur de la fameuse bataille de Monnaie.

Cette fois ce sont les Prussiens qui envahissent la bâtisse et s'en servent comme base de tir contre les Français. Le château est complètement dévasté par les uhlans. Rempli de blessés, il sert même d'hôpital à l'ennemi. M. de Russan décède sans enfants. Les Belles-Ruries et les nombreuses fermes possédées sur Monnaie, ainsi qu'un moulin, des bois, le tout s'étendant sur 528 hectares et évalué à 720 644 francs de l'époque sont légués à ses neveux. Cependant sa veuve conserve l'usufruit de ces propriétés jusqu'à son décès survenu en 1912 à Paris. Deux ans plus tard, le 2 juin 1914, les Belles-Ruries sont vendues à M. et Mme Arthur Duthoo, déjà locataires des lieux depuis 1907. M. Arthur Durhoo, originaire d'Auxerre où son père était pépiniériste, est le fondateur des Nouvelles-Galeries de Tours. Quant à sa femme, Germaine, née Delaleu, elle est la fille du propriétaire du moulin d'Artannes. Ils habitent à Tours, boulevard Béranger et veulent faire de la propriété un lieu de villégiature.

Un siècle avec les Duthoo.
La nouvelle propriétaire, M. Duthoo, souhaite apporter quelques transformations à l'ancienne demeure. Prête à engager des travaux importants, elle commande à l'architecte Boille un projet de rénovation destiné à faire des lieux une propriété plus conforme au goût de la Belle-Epoque. Mais la Première guerre mondiale éclate. Arthur Duthoo meurt de maladie et les plans resteront dans leurs cartons. Une fois de plus la bâtisse a résisté. Les Belles-Ruries ont réussi à traverser le XXe siècle, mais en affrontant à nouveau les vicissitudes du temps. Les Allemands occupent le château en 1940, le vidant de ses richesses et de ses souvenirs, emportant notamment une belle collection de livres et des armes. Une trace de leur passage est longtemps restée gravée sur une table : Le dessin d'une croix gammée qu'une employée du château a eu beaucoup de mal à faire disparaître! Après la guerre le château continue à être occupé, cette fois par des AFAT (Auxiliaires Féminines de !'Armée de Terre) qui, elles aussi quittent les lieux en emportant quelques souvenirs. Mais la famille Durhoo a assuré la continuité grâce à Jean Duthoo, le fils aîné d'Arthur. Administrateur de la Société française des Nouvelles Galeries, mais aussi maire de Monnaie de 1959 à 1971, il aime le monde de la terre et s'intéresse de près à la gestion de l'exploitation agricole. C'est en effet, un passionné d'agriculture. Les pommes produites par des pommiers, plantés à l'intérieur du domaine, sont commercialisées aux Nouvelles Galeries. Mais, comme elles ne sont pas traitées, elles n'ont pas très bel aspect et se vendent mal.


Aussi M. Duthoo abandonne-t-il les pommiers au profit de noyers qu'il soigne avec beaucoup d'attention. Il lui arrive aussi de poser son chevalet sur la pelouse et d'immortaliser sur la toile l'élégante silhouette du château dans son écrin de verdure. Ce qui n'était au départ qu'une résidence de vacances devient à partir des années 50 le point d'ancrage de la famille. Un événement a marqué l'histoire du château au cours du XXe siècle : le 18 juillet 1964, M. Jean Duthoo célèbre le mariage de sa fille, Françoise avec M. Jean Planchon. Le banquet a lieu dans le parc sous des tentes dressées à cet effet. Jean Duthoo décède en 1992. Depuis cette date, c'est son fils Hubert qui a repris les rênes de la propriété. Très boisé et donc riche en gibier, le domaine est propice à la chasse. Les chasses à courre qui s'y déroulaient autrefois n'ont plus lieu aujourd'hui, mais on continue à y chasser au fusil dès que l'automne commence à roussir les frondaisons du parc.

Source : Claude Delage - Jacqueline Verger
André Montoux T2 P143
_________________________
Base Mérimée : PA00097868
Recensement immeubles MH
Protection MH : 1989/06/08 : inscrit MH : Colombier (cad. F 301) : inscription par arrêté du 8 juin 1989
_________________________
Les Belles-Ruries. Cne de Monnaie. Berruries, 1564 (A.D. 37-G 79) ; Berrurie, 28 septembre 1600 (A.D. 37-C 844, G 91) ; Le fief des Bellesruries, paroisse de Monnoye, 1639 (B.N.-Fonds Châtre de Cangé, n° 4835, Roolle des fiefz de Touraine, rolle de Chasteaurenaud, fol. 152) ; Aud. lieu des Belleruries, 14 janvier 1743 (acte Tousche-Vallières) ; Les Belles Ruries, XVIIIe s. (Carte de Cassini) ; Les Belles Ruries, 1818 (Cadastre) ; La terre des Belles Ruries, située dans la commune de Monnaie, 4 juillet 1854 (acte Duterme-Saumur) ; La terre des Belles Ruries, située dans la commune de Monnaie, 18 juillet 1861 (acte Scoumanne-Tours) ; Les Belles Ruries, 1944 (Cadastre). Fief érigé le 28 septembre 1600.

La Chapelle-des-Belles-Ruries. Cne de Monnaie. Monnoye, au Bellesruries, maison de M. de Lonlé, chevalier de Saint Louis, en bon état pour tout excepté les vitraux qui vont être racommodés ; expédiée ; accordé en mettant en état les vitreaux, 1775 (A.D. 37-G 14, fol. 17 v°) ; Aux Belles Ruries, maison de M. de Lonlé, en bon état, 1787 (A.D. 37-G 14, fol. 34 v°). Chapelle domestique desservie à la maison des Belles-Ruries.

Localisation.




Cadastre 1818.






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