Touraine Insolite Index du Forum

Touraine Insolite
Mystères & Etranges


Aqueduc de St Benoit la Forêt.

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Touraine Insolite Index du Forum -> La Touraine -> Archéologie
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Mikerynos
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 26 Fév 2008
Messages: 4 564
Localisation: Tours
Masculin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent

MessagePosté le: Ven 24 Déc - 08:49 (2010)    Sujet du message: Aqueduc de St Benoit la Forêt. Répondre en citant

Aqueduc de St Benoit la Forêt. (Azay-le-Rideau)
Une double canalisation dont une est peut être postérieure à l'époque gallo-romaine longent la rive droite du ruisseau de St Benoit au lieu dit « La Cave des Ermites » ou Caves Perrières.

Localisation:

_________________


Dernière édition par Mikerynos le Jeu 13 Jan - 14:46 (2011); édité 1 fois
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Ven 24 Déc - 08:49 (2010)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Mikerynos
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 26 Fév 2008
Messages: 4 564
Localisation: Tours
Masculin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent

MessagePosté le: Sam 25 Déc - 11:43 (2010)    Sujet du message: Aqueduc de St Benoit la Forêt. Répondre en citant

Les aqueducs de Saint Benoit par J. Maurice.

Au printemps de 1953, M. Champigny, instituteur itinérant agricole, visitait les Caves Perrières, commune de Saint-Benoît. Les Caves Perrières, comme leur nom l'indique, sont un hameau près duquel ont été creusées des excavations importantes servant maintenant de chais et de remises. Dans l'une d'elles (ou plutôt dans la « coursoire douce qui y conduit) appartenant à M. Desnoues, il constata que se trouvaient, jonchant le sol, maints tessons qui, sans conteste, étaient les vestiges d'une canalisation souterraine mise à jour par l'écroulement d'un plafond de roc.

M. Champigny sachant que je m’intéresse à tout ce qui concerne l'archéologie de la région d'Azay-le-Rideau, pensa alors à m'alerter. Je vins sur les lieux faire une première enquête. J'y revins avec MM. Boucher, Mauny et Zochetti, de Chinon. Nos recherches nous firent trouver un second point, à 150 mètres à l'Ouest, au lieudit « La Cave des Hermites » (1), où passait également la canalisation. Situé à la lisière Est de la Basse Forêt (2), ce gisement était sensiblement plus instructif que le premier. Là aussi l'aqueduc passait dans la voûte d'une cave, mais l'effondrement de cette voûte étant récent, nous pûmes non seulement ramasser des buses entières (3) mais, en plus, dans les parois latérales, constater comment se présentait la coupe de l'ouvrage. Surprise! Cette coupe nous montrait non pas une canalisation, mais deux, à moins d'un mètre l'une de l'autre (3). L'aqueduc était donc double. Double et cependant différent, car si le premier canal n'était qu'une rigole en forme d'U, constituée de mortier et recouverte d'une succession de tuiles formant couvercles — certaines étaient des tuiles à rebord romaines — l'autre était fait d'une série de tuyaux de terre cuite emmanchés les uns dans les autres, d'une technique relativement plus poussée...


Ces deux canalisations avaient pourtant un point commun : elles étaient entièrement bourées d'une vase devenue dure comme un béton, détail qui permet d'avancer une première hypothèse : le pourquoi de leur dualité. Il semble bien, en effet, que le premier aqueduc a dû peu et mal fonctionner et être rapidement abandonné (faute de savoir comment arrêter l’irruption de la boue qui l’envahissait peut-être) Voyant le premier ouvrage bouché, on a vraisemblablement essayé un deuxième système, qui s’est avéré aussi impuissant, et les deux aqueducs n’ont pas dû rendre de grands services à leurs constructeurs...

Quand on fait — ou croit faire — une découverte, le premier soin du chercheur doit être de se renseigner s'il n'a pas En Touraine, pays de découvreurs, c'est une règle. En l’occurrence, cette règle n’a pas manqué de jouer. Ouvrons le livre que tous les Chinonais connaissent : Chinon et ses environ, par M. de Cougny. Il nous donnera tous les détails sur ces aqueducs. Aussi je citerais presque intégralement son chapitre sur « L’Aqueduc de Jaulnay » (4)

« ... Dans ces temps derniers (5), notre honorable voisin, le châtelain de Beugny (M. de Puységur) nous signala le duc sur les dépendances du vieux monastère de Jaulnay (6)
Divers trous de sonde nous montrèrent des conduits qui, descendant de la lisière de la forêt en suivant les pentes du coteau, se dirigeaient vers le Sud-Ouest. Une nouvelle tranchée, profonde d'un mètre environ, nous les fit apercevoir encore, un peu au-dessous de l'ancienne chapelle des Hermites, qu'ils dépassaient pour venir montrer leur orifice sur le rebord d'un chemin creux raviné par les eaux. Du côté opposé du chemin commencent
les fourrés de la forêt et nous dûmes renoncer à poursuivre nos recherches pour découvrir la direction des canaux et le lieu vers lequel ils tendaient. Ces canaux ne pouvaient d’autre destination que d'approvisionner en eau une habitation située dans la vallée de la forêt,
habitation dont on n'a rencontré aucun vestige jusqu'ici et que, grâce à cette indication, nous ne désespérons pas de rencontrer quelque jour...

« L'aqueduc en question remonte incontestablement à l'époque gallo-romaine : la nature des mortiers employés dans la majeure partie de son parcours en est la preuve évidente. Nous disons la majeure partie, parce que, d'après les indices caractéristiques que nous ont fourni ces mortiers, nous avons reconnu des réparations et des réfections partielles qui ont pu avoir lieu postérieurement, peut-être à l’époque franque. C’est ainsi que sur le sommet du coteau, dans un chemin où on le rencontre presque à fleur du sol, l'aqueduc est construit en moellons maçonnés à mortier de chaux et revêtu à l'intérieur d'un enduit de couleur rougeâtre et dont la nature particulière nous a paru de prime abord inexplicable. A le voir on dirait un ciment composé avec de la chaux et des tuileaux pulvérisés. C'était le ciment classique dont on se servait pour rendre les canaux étanches avant l'emploi de la chaux hydraulique et du ciment de Portland. Mais un examen plus attentif nous a prouvé que cet enduit n'était pas ce que nous avions supposé. Le ciment fabriqué de la manière que nous venons d’indiquer se détache par plaques mais ne s’effrite pas, ne s’émiette pas sous la main comme celui de l’aqueduc de Jaulnay. Le revêtement de cet aqueduc n'a pu être façonné, suivant-nous, que de la manière suivante : sur la paroi intérieure du conduit on aura commencé par appliquer un enduit de terre à briques gâchée et amalgamée suivant le procédé ordinaire. Une fois parvenu au degré de dessiccation nécessaire, en vue de donner à ce revêtement la dureté et la cohésion qui devaient le rendre imperméable, on aura allumé, au-dessus et à l’intérieur du canal un feu de bois destiné à en opérer la cuisson. La proximité de la forêt et la facilité de se procurer du combustible avait sans doute donné aux constructeurs de l'aqueduc l'idée de cet étrange système bien probablement unique dans son genre et qui rappelle le mode employé jadis pour la vitrification des murailles. Ce procédé pouvait être commode et économique dans les conditions particulières où il a été mis en œuvre. Il est à croire toutefois que l'opération de la cuisson ne fut pas poussée jusqu'au degré voulu, c'est ce que semble démontrer l'état de détérioration dans lequel nous avons trouvé ce singulier enduit. Quant à la nature du procédé lui-même, elle paraît de toute évidence, car l'action du feu et de la chaleur ont pu seuls donner à l'argile la teinte de brique que nous avons remarquée. »

« Il vint un temps où les défectuosités de ce canal se révélèrent aux intéressés. A quelle époque ? On ne peut le savoir. Quoi qu'il en soit, au lieu de réparer les conduits selon le procédé primitif, on employa des tuyaux de terre cuite. Ces tuyaux, par leur forme, par leur fabrication, par leur mode d'emmanchement, nous ont paru postérieurs à la période gallo-romaine, c'est pourquoi nous les avons attribués éventuellement à l'époque franque. Remarquons que ces tuyaux s'amincissent en diminuant de diamètre, de façon à s'introduire dans le tuyau suivant sans être maintenus par aucun rebord, ce qui pouvait amener parfois la fracture du manchon... »


« La découverte de l'aqueduc de Jaulnay nous a amené naturellement à rechercher la source à laquelle il s'alimentait. De source d'eau vive, il n'en existe nulle trace dans la direction du canal ou à sa proximité. Or, à une centaine de pas de ce conduit, en remontant vers le Nord, on aperçoit une large dépression de terrain, ombragée par un épais massif de vieux chênes, vers laquelle convergent les pentes des mamelons circonvoisins et les eaux qui en proviennent, soit qu'elles coulent à la surface du sol ou sous la couche d'argile sous-jacente. Il ne faut pas chercher ailleurs, croyons-nous, le réservoir qui alimentait notre aqueduc. Pour amasser en cet endroit et y tenir en réserve pendant la majeure partie de l’année l’eau nécessaire à la villa, il suffisait d’employer le moyen mis en œuvre à la petite fontaine de Tringues-Bernilles (7) C’est à dire creuser le sol en large cuvette jusqu’à l’assise argileuse, et c’est vraisemblablement ce qu’avait fait le propriétaire de cette villa... »
Ainsi, constatons-le, à soixante-dix ans de distance, la découverte et l'étude de ces aqueducs ont été faites — et bien faites. Tout y est : la description des canalisations, leur tracé, leur origine, probable — de leur mise en place. Je n'ajouterai qu'un détail épisodique au récit de M. de Cougny : Cette large dépression vers laquelle convergent des fossés en étoile s’appelle « Le Lac Mort » sur la carte forestière et c’est lui bien certainement qui a donné son premier nom à la commune de Saint-Benoît (8)

Si fouillé que soit le travail de M. de Cougny, il reste cependant un grand point à élucider. Où conduisaient ces canalisations ? M. de Cougny penche — sans l'affirmer — pour « une habitation située dans la vallée de la forêt » mais il avoue que, de cette habitation, « on n'a rencontré aucun vestige ». On pourrait croire alors qu'elles aboutissaient plus loin, dans la commune de Huismes, là où, la lisière de la forêt franchie, les habitations (Beaulieu, L'Etraut, Mouzilly, Rassay, La Haute-Salverte (9) ne manquent pas...

Hypothèse qui se heurte à pas mal d'improbabilités. D'abord la distance. Plus de 2 km. en ligne droite depuis la Cave des Hermites pour la plus rapprochée, Mouzilly, ce qui, avec le trajet amont : Lac Mort - Cave des Hermites (1 km. 500), donne un total de 3 km. 500. C'est bien loin pour alimenter une simple villa... Ensuite le terrain. Quand il pénètre en forêt, l'aqueduc, dont la pente descendait régulièrement depuis le Lac Mort et qui se trouve à la Cave des Hermites, à peu près à la cote 73, rencontre presque tout de suite un sol montant (cote 111 à La Brosse, 113 au Caroi des Fougères, 114 à la station de Saint-Benoît) et, en plus, coupé par deux profonds ravins (celui qu'emprunte l'allée Louis XI et celui de la lisière. Ouest) qui auraient nécessité des ouvrages d'art bien considérables pour franchir la forêt et amener sur Huismes... de l'eau sale.


Car voilà la troisième improbabilité : ces canalisations, c'est bien sûr, ne pouvaient transporter que de l'eau sale, leur alimentation étant constituée non par une source, mais par une mare. Tous ceux qui connaissent les mares de la forêt de Chinon ne me démentiront pas. Car elles battent tous les records de saturation bourbeuse grâce à leur fond d'argile et aux milliards de feuilles mortes qui y pourrissent. En hiver, et par temps humide, tout le sol de la forêt n'est d'ailleurs que boue, gadoue et glaise collante et dans ces conditions il n'y a pas à s'étonner que les deux aqueducs se soient si rapidement bouchés... Mais, direz-vous, vous n'envisagez que le cas où le tracé de ces canalisations ait suivi un itinéraire Est-Ouest ? A partir de la Cave des Hermites, ne pouvait-il pas s'infléchir soit à droite, soit à gauche ? A droite, c'est impossible. La pente, comme je l'ai dit, remonte. A gauche, elle est dans le bon sens, mais conduit au ruisseau de Saint-Benoît et il est bien douteux qu'on ait moulé et cuit tant d'argile pour alimenter ce filet d'eau — qu'au siècle dernier on disait « se perdant dans les sables ». Ce n'est certes pas en lui amenant la boue du Lac Mort qu'on aurait amélioré son régime !

Où menaient donc ces canaux ? Je crois avoir ici une idée à soumettre : à quelques centaines de pas de l'interruption actuelle des tuyaux, en forêt, se trouve une ancienne carrière abandonnée (comme beaucoup de nos carrières après l'avènement du ciment) et appelée sur la carte forestière « La Cave des Fourneaux ». Il est bien évident que les fourneaux en question ne pouvaient que faire des tuiles, des briques, des poteries. Pour épurer et pétrir l'argile il est indispensable d'avoir de l'eau à sa disposition, et beaucoup. Or aucune source ne passe à proximité et le seul point d'eau dont il vaille la peine de parler est le ruisseau de Saint-Benoît dont j'ai parlé, qui ne coule que par intermittences. Dans ces conditions, pourquoi ne pas imaginer les briquetiers gallo-romains commençant leur travail par la fabrication et la pose de canalisations qui devaient leur apporter l'eau du Lac Mort — eau, remarquons-le, qui n'avait pas besoin, pour ce genre de travail, d'être si pure

Si cette hypothèse s'avérait exacte, nous tiendrions alors le lieu d'aboutissement des aqueducs. Ils s'arrêteraient tout bonnement à la lisière Est, au voisinage de la Cave des Fourneaux. Solution évidemment bien prosaïque.

En tout cas, même pour cette simple utilisation industrielle, il y a lieu de rendre hommage à la persévérance des dirigeants de la « firme » de la Cave des Fourneaux, puisque, après une première tentative qui échoua, ils n'hésitèrent pas à en entreprendre une deuxième (à moins naturellement qu'il y ait eu plusieurs siècles d'intervalle entre la pose des deux aqueducs, comme le pensait M. de Cougny). Mais — et ce sera ma conclusion — peut-on lutter contre la boue de la forêt de Chinon ? C'est bien difficile, et les Américains en savent quelque chose, eux qui, pour asseoir leur camp dans la forêt, ont dû recouvrir le sol argileux de milliers et de milliers de tonnes de terre sableuse pour un résultat... au moins discutable.

________________________________________
(1) Ainsi nommée parce qu’y habitaient autrefois des ermites de l’ordre de Saint François.
(2) La Haute-Forêt s’étend sur Cheillé et Rivarennes, la Basse-Forêt cerne Saint Benoit au Nord et à l’Ouest.
(3) Deux de ces buses sont au musée de la S.A.T, une autre au musée des Amis du Vieux Chinon.
(4) Page 104 et suivante.
(5) Publié en 1898, mais la découverte est certainement antérieure.
(6) Voir plan.
(7) A la lisière Ouest de la forêt, sur la commune de Chinon.
(8)Saint Benoit s’est appelé successivement : Saint Besnoit du Lac Mort, Benoit les Bois et maintenant Saint Benoit la Forêt pour distinguer cette commune d’un autre Saint Benoit qui se trouve près de Poitiers.
(9) Ce dernier est typiquement gallo-romain.

Source : Bulletin - Amis du vieux Chinon. 1961.
_________________
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:13 (2017)    Sujet du message: Aqueduc de St Benoit la Forêt.

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Touraine Insolite Index du Forum -> La Touraine -> Archéologie Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Panneau d’administration | créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com