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Le Camp des Romains.

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Lun 5 Mar - 19:05 (2012)    Sujet du message: Le Camp des Romains. Répondre en citant

Le Camp des Romains (Cinais)

Introduction.
Cinais, ce village qui culmine à 100m et fait partie du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, elle est inscrite au patrimone mondial de l'Unesco. « Le camp des Romains » est un vaste plateau de 25 hectares parsemé de blocs de pierre qui domine le bourg et qui est en réalité un oppidum romain après avoir été occupé par les gaulois et les hommes du néolithique. C’est peut-être ce « camp de Brûlevieille » où Gargantua fait enterrer une partie des morts de la guerre picrocholine (A-51).


Notice sur le Murus Gaulois de Cinais, vulgairement appelé « Le camp des Romains »

Description des lieux.
Lorsque, parlant du confluent de la Loire et Je la Vienne, le voyageur remonte la rive gauche de ce dernier cours d'eau en suivant la route de Candes à Chinon, il longe le pied de hauteurs terminant le massif accidenté qui s'étend de Saumur à Loudun.
Les pentes qu'il aperçoit à sa droite sont généralement très raides et laissent peu de dépressions favorables pour y tracer d'autres routes que des chemins d'exploitation rurale.

Ce n'est qu'en arrivant vis-à-vis de la ville de Chinon qu'on rencontre une coupure étroite et profonde, la petite vallée de Négron, dont on a profité pour établir la route de Loudun. Il résulte de cette interruption, dans les hauteurs dont nous parlons, une sorte de cap, situé entre les vallées de la Vienne et du Négron qu'il domine d'un relief de 70 mètres environ et qui termine un plateau couvert de murs peu élevés, formés de très-grosses pierres. C'est le plateau de Cinais, Connu dans le pays sous le nom de : Camp des Romains. Les pierres sont placées jointives, sans mortier, enfoncées de quelques centimètres en terre, elles n'ont pas été taillées, on les a employées telles qu'elles ont été extraites du sol. Leur ensemble constitue une enceinte ABCDEFGHIKL très allongée, de figure irrégulière, approximativement orientée de l'est à l'ouest et divisée intérieurement par plusieurs murs disposés en lignes parfaitement droites.

La surface enveloppée par le pourtour extérieur ABCDEFGHIKL est de 25 hectares; son grand axe est d'environ 950 mètres et sa plus grande largeur est d'à peu près 300 mètres. L'enceinte manque sur presque tout le parcours de l'extrémité est, marquée en lignes ponctuées (1) et sur plusieurs points au sud et à l'Ouest, mais il est aisé d'en reconnaître les traces. La partie FGH du plateau s'appelle « Le Cimetière des Romains » c'est celle qui forme le cap dont nous avons parlé, entre les vallées de la Vienne et du Négron. En partant de l'extrémité G et en marchant dans la direction du grand axe du camp, on monte une pente d'inclinaison très-douce qui finit par se changer en horizontale vers la portion occidentale de l'enceinte.

Les pierres dont sont faits les murs ont été trouvées sur les lieux mêmes. Elles affleurent à la surface du sol qui est presque entièrement privé de terre végétale et n'a jamais dû produire qu'une herbe maigre et rare. Ces pierres sont des blocs grossièrement arrondis, formés de poudingues dont les fragments constitutifs sont des morceaux de quartz blanc, opaque, entourés d'une pâte siliceuse grise. Les cailloux élémentaires, après avoir été soumis à un transport prolongé dû à l'action des eaux, se sont agglomérés en blocs qui ont eux-mêmes ensuite été charriés assez longtemps pour avoir leurs arêtes et leurs angles très-émoussés. C'est dans cet état qu'ils se sont trouvés sur le plateau de Cinais, au moment du soulèvement géologique qui l'a mis au jour. Au nombre des divisions intérieures, on remarque une grande rue DI de 5 mètres de largeur. Elle est comprise entre deux murailles parallèles, dans la direction nord-sud, et donnait accès, au moyen d'ouvertures, dans les compartiments voisins. On voit encore aujourd'hui quatre portes à l'enceinte extérieure: elles sont situées aux points BDEK cette dernière a été élargie et approfondie dans des temps postérieurs. Il est presque certain qu'il en existait aux extrémités A et G. Près des portes BDEK dans l'intérieur de l'enceinte, on remarque les bases de petites constructions rectangulaires B', D', E', K' bâties de la même façon que les autres murs. C’étaient évidemment des postes destinés à recevoir les gardes des portes et à flanquer ces entrées. Les profils ab, cd, ef montrent comment sont disposées les pierres des maçonneries encore existantes aujourd'hui. Chaque mur était fait de deux rangées de grosses pierres plantées les unes à côté des autres de manière à former une épaisseur qui va jusqu'à 2m 50 pour l'enceinte extérieure et qui ne dépasse pas 1m 80 pour les divisions intérieures. Les vides étaient sans doute remplis de terre et de pierres plus petites.

Sur cette première assise, qui constitue tout ce qui reste aujourd'hui des anciennes murailles et qui ne s'élève pas à plus de 0m,80 de hauteur, on avait dû mettre d'autres blocs, de manière à obtenir un relief de 6 pieds (1m,77) environ, comme nous le dénombrerons tout à l'heure. La partie sud GHIKLA du périmètre qui longe la crête des pentes très-raides de la vallée du Négron n'avait probablement pas de fossé. La portion Nord ABCDEFG était beaucoup plus facilement abordable; on y remarque les traces d'un fossé et, de B en D, les restes d'une double enceinte dont chacune avait son fossé propre. Du point F, partait un mur, ou plus probablement un fossé entre deux murs, allant jusqu'en M où se trouvait un petit poste en pierres, analogue aux postes B', D', E', K'. Comme l'enceinte n'allait pas jusqu'aux pentes du plateau, du côté de la Vienne, l'ennemi aurait pu les gravir sans être vu et arriver ainsi, A l'improviste, tout près du parapet. Il importait donc de surveiller ces pentes, et tel était le but de la petite redoute au poste M. De la caponnière FM, il ne reste aujourd'hui qu'un bourrelet très visible sur le sol.


Hors de l'enceinte, au nord-est, vis-a-vis de la muraille AB, se voient des clôtures en pierres qui servent aujourd'hui de délimitation à des propriétés et qui se trouvent peut-être sur l'emplacement d'anciens murs analogues à ceux que nous venons de décrire. Toutefois, cette hypothèse, très-admissible pour la ligne ponctuée parallèle à AB, l'est moins pour le tracé BO Près de la porte B, au point C, se détache dans la direction du Nord une ancienne et très-longue tranchée CN, bordée de chaque côté de deux bourrelets en pierres mêlées de terre, qui ont été certainement plus élevés qu'aujourd'hui. Nous ne serions pas éloignés d'y voir une autre caponnière, une de ces longues communications, avec parapet de chaque côté, jouant le même rôle que le double fossé fait par César devant Gergovie pour relier ses deux camps, afin que de petits détachements et même des hommes isolés pussent y circuler A couvert (2) La caponnière CN aurait alors relié le camp à quelque redoute placée au sommet du ravin de la ferme de Bélissons ou même à quelque source située dans un pli du terrain. Nous ne donnons toutefois cette hypothèse qu'en toute réserve et sans y tenir absolument. Ajoutons, pour terminer cette description, que, dans l'intérieur de l'enceinte, on remarque, en différents points u,v,x,y des blocs de pierre pareils à ceux qui ont servi à construire les murs, sauf qu'ils sont généralement plus longs. Ces blocs sont placés debout, à peu de distance les uns des autres et ressemblent assez à de petits cromlechs ou réunion de menhirs. Ils ont été tirés du sol à l'emplacement même où on les voit aujourd'hui, et cette extraction a causé à la surface du terrain une légère dépression où s'est amassé un peu d'humus qui produit de l'herbe plus verte que celle de l'aride plateau de Cinais. Deux des pierres du groupe x s'appellent, l'une: « Mule de saint Martin » l'autre « Degré de saint Martin » On prétend y voir des empreintes du au grand saint de la Touraine: ces dénominations montrent que ces pierres sont en place depuis une époque ancienne.
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MessagePosté le: Lun 5 Mar - 19:05 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Mikerynos
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MessagePosté le: Mar 6 Mar - 08:28 (2012)    Sujet du message: Le Camp des Romains. Répondre en citant

« Le camp des Romains » est un ancien Murus Gaulois.

A quelle époque et par quel peuple les murs de Cinais ont-ils été construits? Dans quel but ont-ils été bâtis? Les savants qui les ont visités ont été en général peu explicites à cet égard. On sent que leur opinion était assez mal assise et qu'ils hésitaient à la manifester clairement. Il parait que Court de Gébelin et La Sauvagère ont exploré le plateau de Cinais avant 1789 mais ils n'ont rien écrit sur leurs recherches. Il y a environ soixante ans, M. du Moustier de la Fond a fait une description qui a été reproduite en partie par son petit-fils, M. de Cougny, dans un récent et très intéressant article inséré au Bulletin monumental (3) L'auteur penche pour attribuer le camp aux Gaulois, avant la conquête de César. Au tome V des mémoires de la Société archéologique de Tours, on trouve quelques lignes établissant que les Romains ont occupé cette position. M. de Cougny, dans l'article dont nous venons de parler, démontre que les murs de Cinais ont été construits dans un but de défense. Puis écartant l'hypothèse qui en fait un ouvrage des Romains et celle qui les regarde comme Gaulois, il se demande s'ils ne seraient pas dus à des peuples d'origine germanique. Après avoir développé cette idée, M. de Cougny n'est pas éloigné de les rattacher à l'invasion kimrique. Les fouilles qu'on a pratiquées sur les lieux ont été peu fructueuses. Elles ont cependant mis au jour un certain nombre de médailles, presque toutes restées inconnues par la faute ou par la cupidité des ouvriers. Celles qu'on a pu se procurer étaient pour la plupart de l'époque des Antonins.Il est donc certain que les Romains ont séjourné sur le plateau de Cinais, et sans les divisions intérieures de l'enceinte qui sont trop en dehors de leurs habitudes de castramétation, nous serions tenté de leur en attribuer la construction.

Autrefois, on était trop enclin à déclarer romaines toutes les vieilles enceintes, dont le nombre est si grand dans nos campagnes. Aujourd'hui, on est tombé dans un excès contraire; beaucoup de savants semblent examiner ces vestiges avec une loupe, et si le tracé du rempart, son profil, a nature des matériaux dont il est fait, etc., ne concordent pas exactement avec ce qu'ils ont lu dans les anciens auteurs, ils déclarent formellement que l'enceinte n'est pas romaine. La forme générale, par exemple, n'est-elle pas un rectangle parfait, une des quatre portes classiques vient-elle à manquer ou à n'être pas rigoureusement à sa place? Ce n'est pas un camp romain.


Or, nous le demandons, quelqu’un a-t-il jamais vu un camp temporaire, bien réellement reconnu comme romain par d'autres indices, présenter exactement la forme rectangulaire demandée par Polybe et par Hygin? L'erreur vient de ce que ces auteurs didactiques ont donné les formes du campement des troupes, de la surface occupée par les tentes ou les baraques des légions et des alliés, plutôt que le tracé du retranchement même des camps, qui n'était nullement astreint à rester parallèle aux faces limitant les troupes. Jamais on ne nous fera croire qu'un peuple aussi intelligemment militaire que les Romains se soit astreint, pour les tracés, les profils et les fossés, à des gabarits uniques et qu'il ait sacrifié à des préceptes d'école un point aussi important, par exemple, que celui de plier la fortification au terrain, condition indispensable pour bien éclairer les abords des camps et pour profiter des avantages que présente la forme du sol.

D'ailleurs Végèce, qui écrit sur ce qui se faisait de son temps et aussi d'après ce qu'il avait lu dans les anciens auteurs militaires, est très-explicite à cet égard, et il dit que les camps romains sont quarrés, triangulaires ou ovales (4) La nature des matériaux employés, les blocs de pierre, ne seraient nullement une raison pour écarter l'idée d'un travail dû aux Romains, sous prétexte qu'ils ne se servaient d'habitude, pour leurs retranchements de campagne, que de terres, de gazons, de palissades et de clayonnages. Les Romains faisaient comme ils pouvaient pour entourer leurs camps. A Cinais, il n'y a pas de gazons, pas de terre à tirer du sol, les pentes boisées du voisinage leur auraient fourni des valli, mais ils n'auraient pu les enfoncer dans ce terrain rocheux. Les blocs de pierre sont à la surface et faciles à se procurer. D'ailleurs Hygin dit formellement que quand les autres matériaux manquent, on s'entoure de murs en pierres sèches.

Dans les 25 hectares renfermés par le périmètre extérieur de Cinais, on trouve aisément un rectangle de 21 hectares pour disposer, suivant les règles de Polybe, des tentes ou des baraques nécessaires à 10,000 hommes, c'est-à-dire à une armée consulaire de deux légions au temps de César, à raison de 21 mètres carrés (5) par homme, tout compris.

D'autres détails sont encore en faveur de l'hypothèse d'une attribution romaine; les portes A, D, G, K occupent des positions assez semblables à celles que donnent les auteurs techniques. Les postes B', D', E', K' qui commandent intérieurement les passages de ces portes sont dans les habitudes militaires des Romains. Le camp de Mauchamp, près des bords de l'Aisne, présente aussi des défenses intérieures à chacune de ses portes (6). Les caponnières FMCN sont fréquentes à l'époque de César; Nous avons déjà mentionné celle qu'il fit exécuter devant Gergovie. Il en organisa une également, à l'attaque d'Alexandrie, entre son camp et une redoute voisine. César donne à cette communication le nom de Brachium. Le même général construisit encore un Brachium, en Afrique, près de Ruspina, et un autre en Espagne, près d'Ategua, pour relier son camp au fleuve Salsum. Le double fossé qui se voit à la partie Nord du camp de Cinais, de C en E, était également dans les usages des Romains. César en fit une ligne d'investissement d'Alesia. Toutes ces raisons qui militent en faveur d'une construction romaine sont anéanties par l'existence des murs intérieurs, qui sont tellement contraires aux règles de la castramétation des légions, tellement nuisibles aux mouvements qui se faisaient dans les camps, qu'il faut évidemment chercher une autre origine aux murailles de Cinais.

Il n'y a que le cas où ces divisions intérieures auraient été construites longtemps après le pourtour extérieur de l'enceinte; mais l'examen des lieux montre qu'elles sont de la même époque. Peut-être que les petits postes B', D', E', K', les caponnières FM, CN, la redoute M, ont été faits plus tard, mais nous ne pensons pas qu'il se soit écoulé un très-long temps entre toutes ces constructions. Qui aurait pu partager ainsi un camp après l'époque romaine? Les Francs? On trouve çà et là, dans les auteurs, des preuves qu'ils ont retranché des positions avec de grosses pierres, des dalles enlevées aux tombeaux, avec les roues pleines de leurs chariots, mais on ne lit nulle part qu'ils aient divisé leurs campements par des murs intérieurs. Un seul peuple semble avoir pratiqué des divisions dans ses camps, ce sont les Gaulois.

César, qui connaissait bien leurs allures et leurs usages militaires, dit que les cités de la Gaule avaient sur leur territoire trois sortes de positions fortifiées :
1-Les oppida, 2-les castella (7), 3-les lieux de refuge. Les oppida étaient des forteresses comprenant les grands centres de population, elles étaient habitées en tout temps. Par castella, César entend de simples postes fortifiés. Les lieux de refuge étaient des enceintes entourées d'un retranchement et ne servaient que lorsque le pays était envahi, les populations s'y retiraient et les défendaient. Les Nerviens, qui ne possédaient pas de cavalerie et qui avaient à craindre celle de leurs voisins, organisaient dans leurs forêts des asiles impénétrables à l'aide de ces haies si curieuses, décrites au chapitre XVII du livre II de la Guerre des Gaules.
_________________________________________
(1) Le plan à été levé sous nos yeux au moi de juin 1864, à une grande échelle, celui-ci n’est qu’une réduction.
(2) La Guerre Gaule Liv.VII, chap. XXXVI.
(3) Quatrième série, tome Il, 32e volume, no 5, 1866, pages 468 et suivantes.
(4) Liv. l, chap. 111.
(5) C'est le chiffre maximum qui ressort des règles de Polybe et d'Hygin.
(6) Histoire de J. César, par S. M. Napoléon III, atlas du 20 volume planche 9.
(7) Liv. Il, chap. XXIX.
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Dernière édition par Mikerynos le Mar 6 Mar - 11:39 (2012); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 6 Mar - 11:39 (2012)    Sujet du message: Le Camp des Romains. Répondre en citant

« Le camp des Romains » est un ancien Murus Gaulois. (Suite)

Les Bretons faisaient de même (8). Ils avaient au milieu de leurs bois des enceintes inaccessibles pour le cas où ils se trouveraient attaqués. Les Helviens, peuples de l'Ardéche, habitant un pays où les landes pierreuses dans des positions escarpées ne sont pas rares, retranchaient sans doute leurs lieux de refuge en les entourant de murailles, aussi César les nomme-t-il muros. Il dit que les Helviens, battus par les troupes d’Eporedorix, se réfugiaient dans leurs oppida et dans leurs muros (9) Souvent ces muros étaient contigus à des oppida, c'est ce qui avait lieu à Gergovie et à Alise. Voici la description du premier: « Vers le milieu de la pente de la colline, les Gaulois avaient construit un mur de six pieds de haut, formé de grandes pierres. La partie supérieure de la hauteur, entre ce mur et l'oppidum, était occupée par les campements très serrés, densissimis, des alliés... Trois de ces camps furent rapidement enlevés par nos troupes, après qu'elles eurent franchi le mur (10) plus haut (11) il est dit que « les Gaulois accourus au secours de Gergovie campaient par cités distinctes, séparées les unes des autres par de faibles intervalles, mediocribus intervallis. » Quant au murus sous Alise, il était « en pierres sèches, maceriam, de six pieds de hauteur et l'espace qu'il renfermait fut rempli par les troupes gauloises, compleverant (12) »

Le camp de Cinais correspond parfaitement à ces descriptions: Un mur en pierres sèches forme l'enceinte, d'autres murs partagent l'intérieur en compartiments réservés aux contingents des différentes cités ou des divers pagi d'une même cité qui se trouvaient campés très-près les uns des autres, sans espace perdu (densissimis, mediocribus inlervallis,compleverant). Ce camp, mi-partie gaulois mi-partie romain, était sans doute primitivement un murus de refuge, analogue aux muri des Helviens. Dans la septième et la huitième campagne, alors que sur l'ordre de Vercingétorix, les Gaulois se mirent à retrancher leurs camps temporaires à la manière des Romains (13) qu'ils savaient si bien imiter (14) l'enceinte de Cinais dut servir, non plus seulement de lieu de retraite aux habitants du pays, mais encore de station fortifiée pour les troupes tenant la campagne, et il fut indubitablement occupé par le chef angevin Dumnacus, dans la lutte qu'il soutint en Poitou et en Anjou (15) Peut-être ce courageux champion de l'indépendance nationale fit-il à la primitive enceinte les modifications tendant à fusionner les usages des Gaulois avec ceux des Romains, en ce qui concerne la castramétation. C'est ce qui explique le mélange des deux systèmes qu'on trouve à Cinais.


Le prétoire du chef était en P, petit enclos central situé en un des points les plus élevés du plateau, Peut-être aussi, comme nous l'avons déjà dit, les parties de ces murs qui dénotent des habitudes romaines (16) sont-elles dues aux légions de la conquête des Gaules, ou à celles qui leur ont succédé, pour occuper le pays, et qui ont trouvé un retranchement tout préparé sur le plateau. Quant aux groupes de pierres placées debout en u,v, x, y, nous ne croyons pas qu'il faille y voir des cromlechs ni des menhirs ayant une signification religieuse, encore moins de petites nécropoles pour les chefs. Les fouilles qu'on y a pratiquées n'ont donné aucun résultat.

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Dessin Mikerynos

Nous trouvons qu'on a un peu abusé du caractère sacré que devaient avoir les pierres debout. Sans le nier, nous croyons qu'il faut être très-circonspect pour l'admettre et nous nous refusons à voir dans les groupes u,v, x, y, autant d'oratoires élevés par les soldats du camp de Cinais en l'honneur des divinités gauloises. Ces pierres nous font simplement l'effet d’avoir étaient soulevées de la position couchée qu'elles occupaient sur le sol et mises debout à bras d'hommes, prêtes à être renversées sur le petit chariot ou sur les rouleaux qui devaient les transporter aux divers points de l'enceinte où il y avait à faire, soit des augmentations, soit des réparations, après une destruction des parapets par l'ennemi. Le travail aura été interrompu par une circonstance de guerre ou par tout autre motif à la suite duquel le camp a été définitivement abandonné. Les enceintes en pierres ne sont pas rares sur le sol de la France. Pour ne pas sortir de la Touraine et de l'Anjou, nous dirons qu'il en existe à Sonnay non loin de Cinais, mais nous ignorons si elles constituent un monument du même genre que celui que nous venons d'étudier. Nous avons reconnu en 1859 les restes d'une enceinte analogue, près de Saumur, dans la lande de Terrefort, le long de l'ancien chemin de Doué, non loin des beaux dolmens de Bagneux. Elle se composait de pierres de grès plates, qui abondent dans la localité et qui étaient plantées jointives, verticalement; une meule de moulin à bras fut trouvée auprès. Depuis cette époque, elles ont été enlevées et ont disparu, sans doute pour faire du macadam, comme disparaissent tous les jours les blocs de l'enceinte de Cinais.

F. PRÉVOST, Officier supérieur du Génie.

_______________________________________
(8)Liv. V, chap. IX.
(9)Liv. VII, chap. LXV.
(10) Liv. VII, chap. XI.VI
(11) Liv. VII, chap. XXXVI
(12) Liv. VII, chav. LXIX.
(13) Liv. VII, chap. XXIX.
(14) Liv. VII, chap. XXII.
(15) Liv. VIII, chap. XXVI et suivants.
(16) Principalement les postes intérieurs B', D', E', K'. la redoute M et les caponnières FM. CN. Cette dernière pourrait bien être le résultat d'un travail postérieur à l'époque dont nous parlons.

Sources.
Bulletins des Amis du Vieux Chinon - Tome VII, n° 10, p. 973-991
F. Prévost - Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers. Mémoires de la Société. 1866. P.223

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MessagePosté le: Lun 2 Avr - 09:18 (2012)    Sujet du message: Le Camp des Romains. Répondre en citant

Selon R. Ranjard en page 315 de « La Touraine Archéologique » :
Au Nord du village se dresse une colline séparant la vallée de la Vienne de celle du Négron et sur laquelle s'étend un plateau connu sous le nom de « Camp des Romains ». La découverte de monnaies romaines, lors de fouilles, a confirmé la tradition qui a rapporté l'existence en ce lieu d'un oppidum romain. La surface totale est de vingt-cinq hectares environ. On y voit une grande quantité de blocs de pierre, les uns en désordre, les autres disposés avec un certain ordre, et qui sont des vestiges d'enceintes. Un fossé, qui n'est plus apparent que du côté occidental, entourait toute la forteresse où l'on pénétrait par quatre portes, défendues par des ouvrages qui ont disparu. L'étendue de ce camp retranché fait supposer qu'il fut primitivement aménagé par les Gaulois. Les Romains l'auraient utilisé après la conquête.


Photographie Mikerynos

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:19 (2017)    Sujet du message: Le Camp des Romains.

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