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La Pile de Cinq Mars

 
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Mikerynos
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MessagePosté le: Dim 2 Mar - 11:26 (2008)    Sujet du message: La Pile de Cinq Mars Répondre en citant

Cinq Mars la Pile "La pile"
Cinq-Mars la Pile est une commune située une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Tours, la préfecture d'Indre-et-Loire. Elle s'établit au nord de la Loire, adossée au côteau. Le petit bourg de Cinq Mars la Pile possède un monument des plus curieux : La Pile.


Ce nom vient tout simplement de la forme de l’édifice, c’est une sorte de tour carrée, en briques, de seulement quatre mètres de côté, pour une hauteur qui avoisine les vingt neuf mètres. Elle se dresse, sur le coteau, en bordure de la N152, quelques centaines de mètres avant le bourg en arrivant de Tours. On ignore à peu près tout de cette construction, qui l’a bâtie ? Quand ? Sa fonction ? Ce n’était pas une tour de guet, puisqu’elle était à l’origine pleine sur toute sa hauteur ( Ou peut-être un escalier extérieur disparu depuis) On a pensé qu’il pouvait s’agir d’un monument funéraire, mais les fouilles n’ont rien révélé de tel. Sa décoration est tout aussi énigmatique. Sur la partie supérieure regardant vers la Loire, on remarque un insolite décor aux motifs variés : Au total, 14 compartiments de motifs. Disposés sur six rangs, ils représentent des éléments géométriques (Carrés, losanges, triangles, chevrons brisés, quatre-feuilles) Leurs dispositions suggèrent aucune signification, comme si le décorateur avait associé les panneaux n’importe comment. Y aurait-il un sens caché derrière cet apparent chaos (Au début du Xxe siècle, un congrès d’archéologues déclara qu’il s’agissait des signes du Zodiaque) On s’est perdu en conjectures sur l’origine et le rôle de cet étonnant monument.


La seule certitude que l’on ait est qu’elle date de l’époque Gallo-Romaine. La découverte de vestiges de cette époque aux alentours immédiats, comme celle d’un aqueduc souterrain, donne à penser qu’un riche gallo-romain avait ici une villa et que la « Pile » en faisait partie… mais à quoi pouvait-elle servir ? On a avancé qu’elle servait à guider les bateliers, la tradition locale en fait le point de ralliement des tribus gauloises ou gallo-romaines en marche vers un sanctuaire inconnu, établi en ce point sur le coteau. Notons que l’étymologie populaire explique le nom de la commune par l’histoire de cinq guerriers, disciples du dieu Mars, qui y auraient été enterrés…



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Source:
"Site mystérieux et Légendes de nos provinces Françaises" de Jean Paul Ronecker - Edition Trajectoire, 2006
Photos:
http://monumental.over-blog.net

Localisation:


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Dernière édition par Mikerynos le Jeu 13 Jan - 20:02 (2011); édité 3 fois
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MessagePosté le: Dim 2 Mar - 11:26 (2008)    Sujet du message: Publicité

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Mikerynos
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MessagePosté le: Mar 27 Jan - 11:06 (2009)    Sujet du message: La Pile de Cinq Mars Répondre en citant

La pile de Cinq-Mars-la-Pile se situe sur la rive droite de la Loire (près de la confluence du Cher sur la Loire), à mi-pente du coteau et probablement à proximité d'une voie terrestre antique (PROVOST 1993 : Pl. VIII ; BOBEAU 1898 : 171). Le monument a la forme d'une tour de près de 30 mètres de haut. Il est parfaitement conservé et construit en opus testaceum sur un noyau interne de moellons de calcaire et de silex liés au mortier. Au-delà de son état de conservation exceptionnel et de sa construction atypique en briques (appareil fréquent en Italie, rare en Gaule), l'édifice se singularise par la présence, sur la face sud de son second étage, de douze panneaux « mosaïqués » : y alternent, dans un jeu de polychromie, des briques de formes géométriques et des moellons de calcaire taillés. Ce style décoratif n'est apparemment attesté qu'à Rome et ses environs durant la seconde moitié du 2e s. (LUGLI 1957 : 608). Enfin, la pile est couronnée d'une petite pyramide tronquée et actuellement de quatre piliers de briques.

L'hypothèse la plus fréquemment admise concernant cette pile est d'y voir un monument funéraire, par analogie avec les piles du sud-ouest de la France (SILLIÈRES, SOUKIASSIAN 1993 : 300). Toutefois, la fouille menée en 2005 par le Conseil Général d'Indre-et-Loire aux abords de l'édifice (MAROT 2005 ; MAROT 2006) n'a pas mis au jour les preuves matérielles de cette fonction et n'a pas livré d'éléments datant sa construction, puisque la terrasse sur laquelle est installée la pile a été totalement remaniée (fouilles du 19e s., pillages divers...).

En revanche, les recherches récentes ont apporté de nouveaux éléments sur les maçonneries antiques en élévation directement au nord de la pile, maçonneries qui n'avaient jamais fait réellement jusqu'à présent l'objet d'investigations.

Il s'agit ici d'une construction créant une terrasse haute, implantée sur un surplomb naturel et dont on pense qu'elle est antérieure à la pile. Les murs de terrasse, en petit appareil régulier rythmé par des pilastres, chemisent le coteau et accentuent le micro-relief rocheux. Des remblais de construction ont été apportés dans l'espace défini par ces murs au fur et à mesure de leur élévation : ils contribuent ainsi à créer une terrasse, dont le niveau de circulation se situe 4 m plus haut que celui de la terrasse basse où se trouve la base de la pile. Par de rares fragments de céramique, ces remblais de construction sont datés prudemment de la seconde moitié du 2e s. ou du tout début du 3e s. Par le choix de son implantation topographique, le mode de construction et ses volumes architecturaux, cet édifice se veut monumental et se démarque nettement du paysage naturel environnant.

Sur cette plateforme, actuellement très érodée, a été découvert un petit bâtiment rectangulaire semi-excavé, enfoui d'1,25 m par rapport au niveau de circulation présumé de la terrasse haute. Le bâtiment a malheureusement été pillé avant sa destruction, ce qui est ici encore particulièrement dommageable pour sa datation et la compréhension de sa fonction. La fouille aura toutefois permis de supposer que son accès s'effectuait par le sud, grâce à un petit escalier descendant depuis la plateforme de la terrasse haute, qu'une niche devait exister sur son mur nord, côté interne et qu'enfin le bâtiment était muni d'un plancher.

La principale découverte de cette campagne de fouilles est celle, sur les remblais de construction de la terrasse, d'une statue représentant Sabazios, divinité d'origine orientale : plutôt que de faciliter la compréhension du bâtiment, cette statue pourrait, bien au contraire, nous orienter vers une fonction cultuelle de l'ensemble architectural, hypothèse que nous n'aurions probablement jamais avancée sans cela.

L'interprétation très délicate de cet ensemble doit donc se faire en l'absence des niveaux d'occupation interne et externe et des niveaux de démolition. Deux hypothèses semblent plus probables : on avancera ainsi soit celle d'un sanctuaire, soit celle d‘un mausolée, peut-être d'un cénotaphe.

Dans l'hypothèse d'un sanctuaire, où le bâtiment semi-excavé ferait office d'aedes, la divinité tutélaire des lieux n'est pas forcément Sabazios, ce qui s'accorde d'une part avec sa position de découverte en dehors de l'hypothétique aedes, d'autre part et surtout avec ce que l'on connaît ailleurs dans l'Empire romain, où Sabazios est une divinité accompagnante (TURCAN 2004 : 316). L'hypothèse cultuelle est en fait très fragile et se heurte à de nombreux détails architecturaux qui ne la confortent pas.

Le monument peut alors être interprété comme un mausolée, hypothèse qui a le mérite d'intégrer la fonction funéraire supposée de la pile : il est ainsi possible de voir le bâtiment excavé comme un caveau accueillant le corps du défunt ou ses cendres, la niche dans le mur nord servant alors de loculus. Quant à la statue, elle pourrait simplement indiquer que le défunt était un adepte de Sabazios. On imagine enfin que, comme les piles funéraires du sud-ouest, d'autres sépultures ont pu prendre place sur la terrasse haute dont les murs ont pu former l'enclos funéraire qui fait défaut au pied de la pile. Ainsi, au travers de cette hypothèse, le bâtiment excavé et la terrasse formée par les murs de soutènement peuvent constituer une nécropole familiale ou sa plus belle tombe, peut-être celle de l'ancêtre le plus illustre. L'hypothèse funéraire pour cet ensemble monumental est donc la plus séduisante, celle qui s'accorde le mieux de la fonction la plus probable de la pile, mais se heurte à l'absence totale d'éléments funéraires sur le site, ce qui ne peut toutefois être un argument définitif, puisque, rappelons-le, le site est très érodé et a été profondément remanié.

La découverte de ce nouveau monument et de la statue de Sabazios autorise une reconsidération chronologique de la pile de Cinq-Mars. Ainsi, il est impossible de déterminer si le constructeur de la pile est le même que celui qui a fait bâtir l'espace monumental directement au nord : pour le moment, on pense que la pile pourrait avoir été construite par une deuxième génération dans la seconde moitié du 2e s. ou le début du 3e s., soit pour signaler le sanctuaire, soit, plus vraisemblablement, pour marquer encore plus l'emplacement du mausolée ou du cénotaphe d'un ancêtre vénérable, pour signifier son importance et, ici, pour faire étalage (aux passants empruntant la voie terrestre ou fluviale) de sa richesse et de sa culture. En ce sens, ce mausolée correspondrait à un lieu de culte familial où l'on rendait hommage aux aïeux et, surtout, où était affichée l'importance de la gens familia par la monumentalisation de la tombe d'un ancêtre, peut-être jusqu'à vouloir en faire un « lieu de mémoire » (LAMOINE 2004 : 444). Cette monumentalisation répondrait plus à une tradition exogène, celle de « l'ostentation pérenne du tombeau monumentalisé » (FERDIÈRE 2004 : 51).

Ainsi, par leurs caractéristiques architecturales, par les quelques comparaisons architecturales et stylistiques avec Rome et Ostie et maintenant par la présence d'une divinité d'origine orientale (pour laquelle le Latium et la Campanie correspondent à un foyer de culte important ; LANE 1989), la pile de Cinq-Mars et l'ensemble monumental directement au nord semblent être une affirmation de la culture romaine ou italienne en Gaule et en milieu rural. Cette manifestation est si ostentatoire, dans l'esprit et en terme de coût, qu'elle ne peut être le fait que d'un membre de l'élite romaine ou du moins gallo-romaine (grand propriétaire foncier), alors profondément acculturé, pour ne pas dire clairement romanisé.
Pour citer cette notice : MAROT E. - La pile funéraire gallo-romaine de Cinq-Mars-la-Pile, in : Atlas Archéologique de Touraine, http://a2t.univ-tours.fr/notice.php?id=67, 2008


Vue des douze panneaux "mosaïqués" sur la face sud de la pile.


Structure 2 : Il s'agit là d'une construction délimitant une terrasse (dominant de 4m celle où est construite la pile), implantée sur un surplomb naturel et probablement antérieure à la pile. Les rares tessons céramiques recueillis plaident pour une construction vers la seconde moitié du 2e s. ou du tout début du 3e s.
Structure 3 : Sur cette terrasse, actuellement très érodée, se situe un petit bâtiment rectangulaire semi-excavé, enfoui d'1,25 m. On suppose que son accès se faisait par le sud, grâce à un petit escalier descendant depuis la terrasse haute.

La pile et le monument plus au nord, interprétable sans doute comme un mausolée, semblent être une affirmation de la culture romaine ou italienne en Gaule et en milieu rural. Cette affirmation est si ostentatoire qu'elle ne peut être le fait que d'un membre de l'élite romaine ou du moins gallo-romaine (grand propriétaire foncier), alors profondément acculturé, pour ne pas dire clairement romanisé.

Source: http://a2t.univ-tours.fr/index.php
Emmanuel Marot, Doctorant, LAT UMR 6173 CITERES
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:39 (2017)    Sujet du message: La Pile de Cinq Mars

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