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Les apparitions mariales à Fréteval 1873

 
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Mikerynos
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PostPosted: Fri 22 Nov - 09:29 (2019)    Post subject: Les apparitions mariales à Fréteval 1873 Reply with quote

Les apparitions mariales à Fréteval 1873

Les apparitions mariales sont nombreuses, mais pas toutes reconnues par l’Église et presque rien n'a filtré des apparitions mariales quotidiennes à Fréteval qui furent observées du 5 mai au 15 août 1873 et qui attirèrent pourtant des centaines de personnes. Phénomène non authentifié par l'évêque de Blois et scrupuleusement tu par le pouvoir politique, cet épisode fut rapidement chassé des mémoires. Alors qu'à Lourdes, les apparitions de la Vierge en 1858 furent reconnues dès 1862, celles de Pontmain en 1871 dès l'année suivante, que le débat eut lieu en 1873 quant à celles de Bauzille-de-la-Sylve en 1876, ainsi que tant d'autres exemples de par le monde à cette même période... Sur Fréteval, rien ! sur deux mille phénomènes d'apparitions de la vierge recensés à ce jour dans le monde, seuls quatorze ont été authentifiés...

Pour qu'une apparition soit reconnue par l'Église, il faut que le message soit:

• conforme à la Sainte Écriture,
• en communion avec l'Église,
• cohérent entre messagers et message,
• qu'il y ait des fruits spirituels de conversion.

Le lundi 5 mai 1873 : deux fillettes du village de Fréteval (Loir-et-Cher) voient apparaître une « belle Dame » au-dessus du bourg. Le phénomène se reproduit quotidiennement jusqu’au vendredi 15 août suivant, attirant des dizaines de personnes, parfois des centaines, enthousiastes, sceptiques, hostiles. Ces apparitions mariales ne furent pas authentifiées par l’évêque de Blois. Plus étonnant, une lourde chape de silence s’abattit dès l’époque sur l’étrange événement.


Bourg de Fréteval.

Ce lundi, une fillette de Fréteval, Louise Colas, voit apparaître « une belle dame tenant un petit enfant ». Le même jour, Angèle Pecquet, autre fillette du même bourg, déclare-t-elle aussi avoir vu une belle dame. C’est là le point de départ d’apparitions quasi quotidiennes de la Vierge et de Jésus, en général plusieurs fois par jour, jusqu’à dix fois et plus, qui vont se prolonger jusqu’au 15 août, en présence de nombreux témoins. Les apparitions eurent lieu près de la voie ferrée, au bord d'un fossé appelé « L'Emprunt » D’après le plan manuscrit de Frédéric Romanet (47°53'27.5"N 1°12'34.9"E)

Or l’événement, dont la presse locale ne parle pratiquement pas, au point qu’il serait demeuré ignoré si un notable limousin (Limoges) alors de passage à Fréteval, Frédéric Romanet du Caillaud (1847-1919) ainsi que les lettres que ce dernier envoie à sa mère (Amélie Tarneaud 1828-1886) au moment des apparitions, constituent à peu près les seules sources disponibles sur l’événement. C’est à Blois, dans les archives diocésaines d’un « recueil des procès-verbaux faits par les enfants de l’école des sœurs » concernant ces apparitions, des modalités des apparitions, à travers aussi la relation entre la Vierge et les fillettes « voyantes », manifestée notamment par les paroles et les gestes échangés. Dans les témoins, distinguant parmi eux des sceptiques (la mère de Louise ne traite-t-elle pas sa fille de « folle » lorsqu’elle fait état de la première apparition ?), des gêneurs, des anticléricaux, tentant donc d’étouffer ce qui se passe... Des manifestations anticléricales se sont développées autour des apparitions de Fréteval

Les uns et les autres ne sont pas éloignés de penser alors que les apparitions sont affaires de fillettes, et qu’elles constituent un terrain sur lequel des responsables sensés ne sauraient se laisser entraîner. En témoignent surtout certains passages des lettres écrites par Frédéric Romanet à sa mère :

. Lettre du 5 août : « Ce qui me fait croire que ces apparitions sont de Dieu, c’est qu’elles sont un objet de contradiction. Dimanche, il y avait quelques enfants qui riaient, gardaient leur casquette sur leur tête. Aujourd’hui des ouvriers sont venus : ils ont aussi plaisanté, mais je les ai priés, au nom de la liberté de conscience et du devoir de faire aux autres ce qu’ils voudraient qu’on leur fît, de se retirer ou de ne pas parler. Ils trouvent, et c’est l’opinion générale dans le pays, que cela dure trop longtemps. »

. Lettre du 7 août : « Mardi soir [5 août], j’ai eu une preuve assez sensible de la divinité des apparitions de Fréteval. Les ouvriers de l’usine sont venus nous tracasser. Ils ont fait cercle autour de nous, à une certaine distance, riaient et plaisantaient ; on avait même dit qu’ils devaient nous jeter à l’eau. Mais je suis allé au-devant. Pour étouffer leurs sarcasmes, nous avons chanté continuellement le « Magnificat ». Heureusement ne sont-ils venus en grand nombre qu’à la fin de l’apparition. Lorsque nous nous sommes retirés, ils nous ont hués ; j’ai entendu quelques cris : À bas la calotte ! Mais je n’en ai été nullement ému. Au contraire, cette scène m’a fait plaisir. Car ces hommes ne venaient nullement de la part du bon Dieu, mais plutôt de la part du démon. Si donc le démon est avec eux, les apparitions qu’ils combattent viennent de Dieu. »

Ces manifestations ont entraîné une forte tension au sein même de l’entreprise : M. Bruère, le chef de l’usine de Fréteval, bien qu’il ne soit pas pratiquant, n’a pas voulu que ce scandale d’avant-hier restât sans répression. Il se considère comme responsable des méfaits de ses ouvriers : il a réuni ses ouvriers et leur a adressé des reproches. L’un d’eux lui ayant mal répondu à ce sujet, il l’a mis à la porte. Une partie de mon après-midi d’hier s’est passée à faire des démarches pour obtenir sa grâce, qui m’a été accordée. Celui qui avait été renvoyé n’était pas un meneur, mais une mauvaise tête qui n’a servi que d’instrument. [...]


. Lettre du 14 août : « Les moqueries, les injures d’un côté, la persévérance des enfants pendant trois mois et demi bientôt, me font croire de plus en plus à la divinité de leurs visions. »

. Lettre du 16 août : « On ne laisse pas de nous causer quelques contrariétés. Ainsi croirais-tu qu’hier on avait caché sous les débris de chaume sur lesquels les enfants s’agenouillent, une couleuvre morte ? Nous l’avons remarqué pendant que nous faisions la prière, et j’ai jeté la couleuvre dans la mare qui s’étend devant le terrain de l’apparition, tout le long du chemin de fer.

Après le 15 août encore, les parents refusaient de laisser leurs filles se rendre sur le terrain des apparitions par crainte d’une échauffourée de la part des communards du bourg et des environs. [...] » Il apparaît clairement que le « noyau dur » de l’anticléricalisme était constitué à Fréteval par les ouvriers de la fonderie. Le père d’Angèle Pecquet, travaillant dans la même entreprise, se trouvait certainement dans une position inconfortable, lui qui partageait plutôt les convictions de ses compagnons de travail. Il est notable que ces contrariétés anticléricales sont rapportées uniquement dans les lettres de Frédéric Romanet du Caillaud. Ont-elles commencé avant son arrivée à Fréteval ? Il est impossible de répondre à la question. Toutefois, il est tout à fait admissible que la présence du jeune homme, suspect pour certains – et à juste titre – d’être un partisan convaincu d’Henri V, ait accru la tension. Enfin, dans cette première quinzaine d’août, le « mois de pèlerinages » battait son plein et un peu partout des manifestations hostiles accompagnaient le retour des pèlerins.


Cadastre 1832.

Les fillettes auxquelles apparaît la Vierge sont issues d’un milieu modeste (le père de l’une a été tour à tour garde-barrière, mécanicien, journalier, celui de l’autre est un ouvrier de fonderie analphabète), et qu’elles vivent dans une localité marquée par des activités industrielles : il insiste fortement sur le fait que les apparitions ne surviennent pas dans un univers rural et paysan, mais bien dans un monde citadin et industriel, si modeste en soit la taille.

Le souci de la hiérarchie ecclésiastique de laisser le processus de Fréteval s’essouffler et s’éteindre de lui-même suffit à réduire au silence son organe d’expression officiel (la Semaine religieuse de Blois) et les périodiques conservateurs et cléricaux de la région (notamment Le Loir). Plus surprenante est l’absence, dans les archives de l’évêché, de toute trace écrite, ne serait-ce que d’une amorce d’enquête sur ce qui s’est passé pendant des semaines près de la voie ferrée de Fréteval. Une telle démarche aurait correspondu à une attitude logique en la matière : a-t-elle été faite, puis éliminée ultérieurement, l’épisode n’ayant eu aucune suite ?... Habituellement, à cette époque, le curé qui rencontrait la moindre difficulté avec le maire de sa commune, un individu ou un groupe anticlérical, un enseignant peu docile, s’épanchait auprès du secrétaire de l’évêché, du vicaire général, voire de l’évêque lui-même : ici, pas la moindre missive de l’abbé Bruyère ou d’un de ses confrères des alentours. Pas plus que ne subsiste une trace de courrier des religieuses qui tenaient école à Fréteval vers leur supérieure, dans les archives de la congrégation de Saint-Paul de Chartres. Et pourtant les uns et les autres ont dû avoir le plus grand besoin d’avis et de conseils, devant un phénomène qui n’eut rien de confidentiel à ses débuts, suscita des réactions diverses et s’inscrivit dans la durée. [...]

Ce lourd silence n’est pas sans ressemblance avec celui qui entoura les apparitions de Vallensanges, survenues une quinzaine d’années après celles de Fréteval : Rares sont cependant les condamnations, épiscopale à Veyziat, pénale à Saint-Palais. C’est le silence que l’Église enjoint et qui finit par l’emporter. Qu’en est-il donc de ces apparitions condamnées ou occultées par l’Église ? À ces voyants non reconnus ne manquent pourtant ni la foi, ni la piété mariale. Pierre Bayle s’est fait récemment l’avocat des apparitions oubliées de Vallensanges (Loire) : là, tout près de Montbrison dans le Forez, Marie apparaît vingt fois, du 19 juillet au 28 septembre 1888, dans un champ de trèfles, à Jean Bernard, 13 ans, fils d’une pauvre famille du hameau. Le message marial est de pénitence et de prière, afin de « retenir le bras de mon Fils ». Le hameau, les habitants de la commune de Lézigneux et des communes avoisinantes s’émeuvent : il y aura près de 8 000 personnes, dit-on, lors de la dernière apparition. Mais le curé se refuse à venir, l’archevêché se tait et donne, semble-t-il, des consignes de silence à la presse, qui reste muette. À peine un siècle plus tard, seules témoignent encore de l’événement quelques relations manuscrites, dictées par le voyant et conservées dans les fermes des alentours.


D’où ce constat amer : « Jean-Auguste Bernard, à cause de la prolifération des apparitions mariales (vraies ou fausses) à son époque, a pu être “sacrifié” par des mesures de modération commandées en haut lieu, afin qu’il ne soit pas multiplié ou superposé des lieux de pèlerinage à l’infini »

En 1873, les apparitions de Fréteval ne furent pas un cas unique du genre, même en Loir-et-Cher. Les Archives diocésaines de Blois conservent une chemise portant le titre : « Notes de M. de Montenay sur les prétendues apparitions de Sassay en 1873 (trouvé dans les papiers de M. le chanoine Gombault, mort à Blois le 10 novembre 1947) ». Ce texte est l’unique document connu sur le sujet. Parfois plus griffonné que rédigé, il est assez difficile à décrypter. Toutefois, il permet de restituer l’essentiel du phénomène... A environs 60 kilomètres au Sud-Ouest à vol d’oiseau de Fréteval, un mois avant :

Les apparitions de Sassay (41700) en 1873
M. de Montenay se rendit à l’église Saint Sulpice de Sassay jeudi 12 juin, jour de la Fête-Dieu et de la communion solennelle dans le village. Le curé lui fit le récit surprenant d’une apparition qui s’était produite la veille. C’était donc le mercredi et les petites filles se confessaient en prévision du lendemain. À un moment, une image apparut à plusieurs d’entre elles, au-dessus de la chaire ; il en sortit un petit globe blanc qui alla s’émietter sur le tabernacle. Rapportant cette vision au curé, elles dirent que ce devait être l’âme d’Adèle Boucher, une fillette de l’hospice récemment décédée et qui avait fait sa première communion avant de mourir…

Le jour de la première communion, vers la fin de la messe, sur 34 enfants 32 virent Adèle en communiante, un cierge à la main, robe blanche et ceinture bleue. Elle alla se placer sur la chapelle de la Sainte Vierge, au-dessus de l’autel ; puis elle s’effaça derrière la statue de Marie pour signifier qu’il faut prier directement Marie. Alors apparut une autre figure : Oh ! Qu’elle est belle et très mignonne ! C’est la Sainte Vierge, elle a l’enfant Jésus sur ses bras ! La vision était collective. La Vierge portait robe blanche, ceinture blanche attachée par derrière, voile blanc, très léger. Couronne de marguerites blanches, cheveux blonds-châtains, épais sur le front et ondulants. Pieds sur un coussin richement brodé ; yeux bleus, joues roses […]. L’enfant Jésus : robe blanche, cou découvert, cheveux peu longs, blonds et bouclés, yeux bleus, joues roses ; couronne comme la Sainte Vierge, et pieds sur le tabouret, en avant du mur.

On s’empressa d’allumer des cierges. Alors, une nouvelle apparition se produisit, très brillante cette fois. Alerté, le curé se rendit à l’église. Si les enfants faisaient des prières d’actions de grâce, la Vierge les accompagnait d’un signe d’assentiment. Deux fillettes se firent vite remarquer par leurs jeux de physionomie : Victorine Cellier et Marie Robin. Mais que venait donc faire Marie dans cet obscur village ? On lui demanda si elle voulait quelque chose en venant ainsi jeudi dans cette église de Sassay : elle changea de place et monta sur la fenêtre près d’elle ; on ne la voyait pas tout entière. Il semblait qu’elle fût derrière le mur et qu’on l’apercevait seulement en partie derrière les carreaux. On n’entrevoyait que la tête, une partie du corps et le bras droit. Elle traça des lettres, dirent les enfants. Les lettres écrites furent recueillies par le curé et le comte de Montenay : « Pardonnez, priez, pécheurs. » [...]
__________________________
Bulletin Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois 1997
Pages 17, 50 « Villethiou, un pelerinage marial au sicèvle de Marie » de Jean-Jacques Loisel.
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PostPosted: Fri 22 Nov - 09:29 (2019)    Post subject: Publicité

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Mikerynos
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PostPosted: Fri 22 Nov - 09:44 (2019)    Post subject: Les apparitions mariales à Fréteval 1873 Reply with quote

Pour allez plus loin, le seul livre disponible sur ces faits :

La « Belle dame » de Fréteval
Apparitions de la Vierge (5 mai-15 août 1873)
Par Jean-jacques LOISEL

La « Belle dame » de Fréteval par Jean-Jacques LOISEL En 1873, du 5 mai au 15 août, deux jeunes filles de Fréteval voient la Vierge et l'enfant Jésus leur apparaître et leur parler quasi-quotidiennement. Le récit des apparitions a été transcrit par un jeune aristocrate limougeaud, Frédéric Romanet du Caillaud, qui séjourne à Fréteval à partir de juillet 1873 et qui est un témoin direct des dernières apparitions. Ni la presse, ni les autorités, ni les politiques, ni même les habitants du voisinage, ne se sont fait l'écho de ces apparitions qui ont tout de même drainé jusqu'à 600 personnes certains jours. Intrigué par ce silence, Jean-Jacques Loisel s’interroge sur les raisons que chacun avait de taire un événement qui pouvait déranger la tranquillité publique... 370 pages environ + cahier de 8 pages couleur ; format 17 x 23 cm
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Editeur : Editions du Cherche-Lune (2011)
ISBN-10 : 2904736662
ISBN-13 : 978-2904736667

Après avoir présenté et analysé les caractéristiques de ces apparitions, le travail de l’historien – car c’est la seule dimension assumée dans ce livre – tente de répondre à plusieurs interrogations : pourquoi en ce village du Vendômois plutôt qu’en tel autre ? Pourquoi en 1873 plutôt que dix ans plus tôt ou plus tard ? L’auteur s’efforce surtout de proposer des pistes d’explication des silences conjugués de l’Église, des courants politiques de tous bords, des autorités civiles. Ce qui suppose une plongée au cœur des années méconnues de l’histoire nationale et locale, entre la guerre de 1870-1871 et la victoire définitive de la République.


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